Mary Creagh, députée britannique travailliste, se rendait au palais de Westminster à Londres ce mercredi quand un mur de gardes armés et de passants s’est dressé devant elle: «Faites demi-tour! Faites demi-tour!» lui a-t-on crié. «Il y a une fusillade!» A ce moment-là, Theresa May était en train d’être exfiltrée en trombe dans une Jaguar métallisée de la police. «C’était la panique», raconte l’AFP, pour décrire l’affolement des passants et le déploiement policier après l’attentat qui a fait cinq morts et une quarantaine de blessés. Lourd symbole, une année exactement après les attaques perpétrées dans les transports publics de Bruxelles, alors que les Belges commémoraient la tragédie mercredi.

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«Terror in Westminster», titre ainsi ce jeudi le Guardian qui, pour mieux comprendre le déroulé confus des événements, publie, parmi quantité d’autres articles, une timeline et un commentaire soutenant que ces attaques représentent «une tragédie, mais pas une menace pour la démocratie». Il ne faut donc pas «surréagir»: «Au lendemain des attentats de Bruxelles et plus encore de Paris, la réaction des médias et des politiques a été proche de l’hystérie. Or le terrorisme se nourrit de mots et de peurs.»

«Il ne faut pas offrir aux terroristes la réaction disproportionnée qu’ils attendent de nous», renchérit le Daily Telegraph, qui fait aussi remarquer que «c’est la première fois depuis 1991, lorsque l’IRA avait tiré une roquette sur le 10 Downing Street, qu’un terroriste s’en prend à un bâtiment officiel en Grande-Bretagne». Dès le début du drame, Scotland Yard a en effet indiqué, sur Twitter, traiter cette affaire «comme un attentat terroriste», indique Courrier international. Et ce matin, le bilan a finalement été porté à cinq morts, dont un policier, selon la BBC.

La nouvelle a mobilisé les médias bien au-delà des frontières britanniques et frappe par son caractère direct: on a touché à «un symbole de la démocratie britannique», dit Le Monde. Aux Etats-Unis, la une de nombreux sites internet était barrée de bandeaux «urgent», aussi bien sur CNN que sur Fox News, qui n’a pas manqué de répercuter les compliments de Donald Trump faits à la première ministre britannique, Theresa May, pour son «sang-froid»:

Pour l’Independent, «la leçon est claire: n’importe qui pouvant conduire un véhicule quelconque peut l’utiliser pour commettre un attentat et il n’y a simplement pas grand-chose à faire pour l’empêcher». On a affaire à des «attentats low cost et low profile». Alors, que faire tout de même? «Il faut multiplier les chicanes et mieux financer les services de renseignements, mais la vérité est que des terroristes parviendront toujours à passer au travers et il faut nous habituer pour longtemps à faire partie de ceux qui ont la chance de leur échapper.»

Si le Times de Londres titre «Assaut sur Westminster», les tabloïds ne sont pas en reste, qui adoptent un ton plus révolté. Le Daily Mail, par exemple, écrit: «Bienvenue à Londres. Nous pouvons dire que nous n’avons pas peur, allumer des bougies et former des cœurs avec nos mains jointes, la vérité est que cela ne peut plus continuer ainsi.» Son titre de Une? «Le pont de l’horreur». Et l’ensemble des quotidiens publie aussi en première page la photo du «héros», Keith Palmer, le policier poignardé, selon la revue de presse de France Inter.

Une ville pourtant blindée

Les polémiques sur les mesures de sécurité dans une ville qui apparaissait jusqu’alors blindée depuis les attaques dans le métro londonien en juillet 2005, vont déjà bon train: «Il semble qu’il n’y avait pas de policiers armés près du portail principal qui fait face au parlement et que le premier ministre utilise pour accéder à la Chambre des communes.»

«Bien sûr, estime L’Ardennais, la qualité préventive des services a été consolidée outre-Manche […] mais le zéro défaut n’existe pas. En Grande-Bretagne, comme en France, en Allemagne ou ailleurs. Qui plus est, lorsqu’un individu s’autoproclame agent opérationnel terroriste et mène sa basse œuvre sans allégeance préalable. On sait que l’Etat islamique a abandonné la gestion centralisée des attentats et a opté pour la décentralisation, la déconcentration et l’ubérisation pour se donner plus de chance qu’on agisse en son nom.»

Vengeance après Mossoul et Raqqa

Le Mirror juge, lui, que «les horreurs sanguinaires de Syrie et d’Irak se sont maintenant répandues dans les rues britanniques». Selon lui, «il ne fait guère de doute que l’Etat islamique (EI) soit derrière cette attaque». Comme son «culte de la mort perd du terrain» là-bas, «il est déterminé à répandre la violence haineuse» parmi les concitoyens des «pilotes de la RAF» qui «ont tué des dizaines de combattants de l’EI à Mossoul et Raqqa.»

«Sur Twitter et Instagram, des témoins ont relaté la scène, notamment une jeune femme, présente dans un bus tout près du parlement. […] Elle a publié une série de tweets dans lesquels elle raconte ce qu’elle a vu. […] France 24 les a compilés et traduits. Ils disent toute la panique et la confusion qui a nimbé des événements apparaissant comme plutôt mystérieux, où personne n’a d’abord compris ce qui se passait réellement:

Et pendant ce temps, tout le monde se demande encore «qui était cet assaillant», conclut la Neue Zürcher Zeitung, et «quel était son mobile». L’homme, barbu et vêtu de noir, a, rappelons-le, lancé mercredi en début d’après-midi sa voiture contre la foule sur le pont de Westminster, face à Big Ben, avant de poignarder à mort un policier en essayant de pénétrer dans le parlement puis d’être abattu. L’acte n’a apparemment toujours pas été revendiqué jeudi matin, après que la police a mené dans la nuit un raid à Birmingham, fief des islamistes britanniques. Un des auteurs des attentats de Bruxelles et Paris, Mohamed Abrini, y avait séjourné avant les attaques.

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