Ce mercredi, c’est jour de télétravail pour Laura Perret Ducommun, première secrétaire adjointe de l’Union syndicale suisse et responsable de la politique de formation jusqu’à la fin du mois d’octobre. Au fond de la pièce à vivre de son appartement du quartier des Beaux-Arts à Neuchâtel, un grand bureau d’angle. «Grand, parce que je fais beaucoup de choses. Là, il y a mon ordinateur de travail et, à côté, mon ordinateur personnel.»

Les six diplômes qui recouvrent une partie du mur – «et ce n’est qu’un sous-ensemble», sourit-elle – annoncent un curriculum vitæ tout aussi garni. Une ligne viendra s’y ajouter dès le 1er novembre: à 43 ans, elle vient d’être nommée responsable du secteur formation et membre de la direction de l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP). Une de ses missions sera l’harmonisation, entre les différentes régions linguistiques, des cursus délivrés par l’organisation aux formateurs des écoles professionnelles du pays.

Cette nomination sonne comme l’aboutissement d’un parcours professionnel dans un domaine dont elle connaît les moindres facettes et acteurs. «Ma grand-mère a enseigné le français au lycée en Roumanie, mon père les maths et l’informatique au Centre professionnel du Littoral neuchâtelois (CPLN), raconte-t-elle. La formation fait partie de moi depuis toujours. Je me suis formée et je continue de le faire. Et puis, c’est mon métier.»

Désillusion post-doc

Débarquée de Bucarest à l’âge de 8 ans, en 1985, avec ses parents, elle s’assoit sur les bancs d’école neuchâtelois sans connaître la langue. Dix ans plus tard, Laura Perret Ducommun entre à l’Université de Neuchâtel pour étudier l’informatique. «Quand je commence en 1995, internet en est à ses balbutiements.» Sa thèse de doctorat permettra aux moteurs de recherche d’améliorer la qualité de leurs réponses. «Par exemple, faire en sorte que l’altitude du Cervin apparaisse directement et non cachée dans un document lorsqu’on la demande.»

Paradoxalement, c’est la désillusion. «Mon travail n’intéressait que quelques scientifiques dans le monde. J’avais envie d’être plus utile aux gens et à la société. J’ai donc choisi d’appliquer l’informatique à l’éducation.» En tant que cheffe du projet ICT 05-07 de l’Etat de Neuchâtel, elle supervise l’informatisation des écoles du canton. Sa carrière de cadre se poursuit à la Conférence universitaire de Suisse occidentale (CUSO), à l’Office fédéral de la statistique (OFS), au Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri), avant l’USS en 2016.

En parallèle, l’hyperactive Laura Perret Ducommun obtient – entre autres – un master à l’Institut de hautes études en administration publique à Lausanne, enseigne dans le public et le privé, coache et supervise des managers. S’engage en politique, aussi. Au Parti socialiste, pour «défendre les intérêts des plus faibles». Résultat, deux législatures au Conseil général (parlement) de sa commune de Rochefort, trois ans de Grand Conseil comme députée suppléante au total et une candidature aux fédérales de 2015.

Chez elle, sur le canapé, les sets de table, les chaises, une couleur domine: le vert. Dans ce salon-salle à manger-bureau, deux statues de Bouddha méditent. «C’est une recherche d’apaisement, de sérénité et d’harmonie.» Un équilibre fragile parfois pour cette mère divorcée, comme durant le semi-confinement de ce printemps. «Pas toujours faciles, les visioconférences avec deux enfants de 7 et 8 ans et demi, scolarisés à domicile.» Laura Perret Ducommun est également membre de la task force Perspectives Apprentissage 2020, réunie en mai par le Conseil fédéral pour garantir un maximum de places d’apprentissages à la rentrée malgré la crise. Objectif atteint: à la fin de juillet, 66 000 contrats avaient été signés, en diminution de 1% par rapport à 2019.

Numérisation accélérée

Mais elle perçoit déjà les impacts du covid sur le secteur. «Cette crise sanitaire a accéléré une numérisation déjà en cours dans les instituts de formation. Mais tous n’étaient pas prêts pour l’enseignement digital. Or le futur, c’est le blended learning, un mélange de cours en présentiel et à distance.» Avantages pour les apprenants, selon elle: une expérience plus riche, une plus grande autonomisation, une flexibilité nouvelle et moins de déplacements.

Laura Perret Ducommun insiste sur la nécessité d’investir davantage dans l’éducation. Cet hiver, les Chambres fédérales voteront sur le message relatif à l’encouragement de la formation, de la recherche et de l’innovation (FRI), une enveloppe de 28 milliards pour la période 2021-2024. «Tous les quatre ans, il faut se battre pour que ce budget ne soit pas amputé, déplore-t-elle. Alors qu’il faudrait commencer par augmenter ce montant d’environ 10% pour investir massivement dans la formation continue, les bourses et les prêts d’études. Les personnes issues de milieux précarisés ont moins accès à la formation. Dans un pays qui jouit d’une telle qualité de vie, nous ne pouvons pas laisser des gens sur le carreau.»


Profil

1977 Naissance le 12 avril à Bucarest (Roumanie).

1985 Arrivée à Neuchâtel.

2006 Abandonne l’informatique pour le domaine de l’éducation.

2015 Candidate socialiste au Conseil national.

2020 Responsable nationale de la formation à l’IFFP.


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