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Ici avec Joe Dassin, autre star décédée (en 1980).
© AFP

Revue de presse

L’aura quasi chevaleresque de feu France Gall

Lorsqu’une groupie rejoint son pianiste au «paradis blanc», c’est toute une frange du pays dont elle portait le prénom qui s’en émeut. Les médias lui tracent, lors du «finale» dicté par Thanatos, un parcours flamboyant de «femme libre et libérée»

Une journaliste du Temps s’est pincée, dimanche soir sur Facebook, «à écouter les éloges à France Gall»: «Yves Bigot qui prononce «shakespearien» sur BFMTV!!! Franchement il faut arrêter la fumette. Une grande dame de la chanson, grandes chansons – Mais arrêtez tout ça. C’est mignon, ça a accompagné quelques décennies en bande-son mais ça s’arrête là!!!»

Lire aussi: France Gall, salut la copine

Quoi? La midinette des «Sucettes» que Gainsbourg avait ridiculisée (voir la vidéo de l’INA sur le site de Vogue), la muse de Michel Berger – deux des meilleurs auteurs-compositeurs de variétés de la deuxième moitié du XXe siècle, tout de même! – élevée au rang médiatique d’un éculé stéréotype, celui d’un improbable «dernier des monstres sacrés»? «Avec le temps, va, tout s’en va», comme chantait l’autre, mais ici c’est l’inverse. D’autres ont connu la réhabilitation après la moquerie, Dalida en sait quelque chose. Piaf ou Barbara s’en retourneront dans leurs tombes.

Lire aussi: Les ravages de France Gall aux Vernets («Journal de Genève», 25.03.1988)

Le même Yves Bigot, journaliste lui aussi et auteur de la biographie Quelque chose en nous de Michel Berger (Ed. Don Quichotte, 2012) en a d’ailleurs ajouté une couche sur France 2, en se demandant «pourquoi la mort de France Gall» provoquait «tant d’émotion», sur Twitter notamment. Oui, pourquoi? Parce ce qu’«elle était la plus grande vedette française» des années 1970 et 1980, dit-il. Et aussi parce qu’elle a beaucoup souffert – la mort de sa fille Pauline, la mort de l’époux mentor de qui elle avait certes quelque chose en elle, son cancer tenace. Pour cela, «c’était notre France», titre Le Parisien:

Mais, poursuit Yves Bigot, «au-delà de cette intimité, elle exprimait également l’universel, qui était contenu dans les messages de ses chansons, et l’engagement. […] France Gall était une femme libre, une femme qui s’est libérée, […] une interprète remarquable, une très bonne artiste de scène, parce qu’une chanteuse de jazz frustrée d’une certaine façon, mais avec un sens rythmique impeccable, avec beaucoup de dynamique».

Même la Fédération française de… rugby y est allée de son couplet sur Twitter.
On peut y voir une photo de la chanteuse défunte tenant un ballon ovale signé «Vive France-Galles». Que de touchante simplicité pour celle dont le nom a souvent été détourné pour des jeux de mots à l’heure du Tournoi des VI-Nations:

Et pourtant, ce prénom, elle l’avait d’abord détesté, relèvent plusieurs médias, dont le très sérieux Figaro: «Lorsqu’elle passe sa première audition» en 1963 «pour intégrer une maison de disques, Denis Bourgeois, le directeur artistique de Philips lui demande de changer de prénom car, à la même époque, une autre Isabelle triomphe: Isabelle Aubret, gagnante du Grand Prix de l’Eurovision en 1962. Son père et manager Robert Gall accepte et ainsi est née France Gall.»

Alors le quotidien y ajoute cette grandiose «ironie du destin: comme Isabelle Aubret trois ans plus tôt, France Gall remportera elle aussi le concours de l’Eurovision le 20 mars 1965. Cette année-là, le prénom France fera son apparition dans le classement des prénoms les plus donnés dans l’Hexagone selon L’Officiel des prénoms». Epoque révolue, avec cette mort qui «sonne le glas de tout un monde qui s’efface désormais, soit par le départ en retraite, soit par décès. Une génération qui, […] après de longues années d’insouciance, a fini par apprendre la gravité et qui, désormais sur le déclin, ne saurait incarner la France», assure La Presse de la Manche.

«Il n’y a pas besoin d’un dessin»…

Mais que de Frances, que de France, tout de même! Et que de mémoire collective inscrite dans les gènes de celle dont une revue spécialisée retrace «la généalogie icaunaise et alsacienne»… La Croix s’en émeut également, de ce passage dans l’au-delà de celle qui était «un peu notre grande sœur»: «– Dis, grand-père, c’est vrai que tu la connaissais déjà cette chanteuse quand tu étais ado? […] Une chanson, au beau milieu d’un journal qu’on prend en cours à la radio. Et puis les émissions spéciales qui s’enchaînent. Non, il n’y a pas besoin d’un dessin, dimanche, pour comprendre.» Car «sur un 45 tours» que lui prêtait sa sœur aînée, il écoutait en boucle ce «Sacré Charlemagne», ce sacré blogueur qui n’aurait sans doute pas eu, lui, «cette idée folle un jour d’inventer l’école»:

Et puis, la France c’est une chose, mais, profitant de la proximité des disparitions, Le Dauphiné libéré en fait une «poupée qui s’exportait bien plus que Johnny»: «De l’Europe au Japon, en passant par l’Allemagne où elle fut aussi une star, France Gall a rayonné à l’international. «Poupée de cire, poupée de son» a régulièrement été reprise par les artistes anglo-saxons. [dont Arcade Fire] C’est en Allemagne qu’elle connaîtra une carrière «parallèle» à celle qu’elle vit en France, en cette fin des années 1960 […]. De 1966 à 1972, elle enregistre une quinzaine de titres qui rencontrent un vrai succès.» Le Spiegel lui rend d’ailleurs hommage et le Bild, rapporte que «la France, après le décès de Johnny, a perdu une autre Chanson-Ikone»:

Enfin, il y a le Sénégal. RTL raconte l’essentiel d’une autre histoire, qui rappelle les remords de la vieille France coloniale, par la voix de celle qui en avait le prénom: «Au Sénégal, je suis sur place pour Action Ecoles», lancée par Daniel Balavoine. «Je suis en voiture, on traverse un petit village, je vois écrit «Restaurant», je dis stop. Et en fait, dans le noir je vois un petit bébé qui dort, la maman qui arrive, je lui dis «il est beau ton bébé», et elle me dit «si tu veux, je te le donne». Je lui dis: «Mais qu’est ce que tu me racontes là?» Ella avait «fait des photos du bébé», puis était repartie. Cet enfant avait pour nom Babacar:

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