Revue de presse

Lauren Bacall ne nous toisera plus de ce regard bleu glaçant

L’interprète de la femme fatale par excellence s’est envolée. Rejoignant son mentor, Howard Hawks, et son époux mythique, Humphrey Bogart, à qui elle demeure indissolublement liée. Nouveau déluge d’hommages au cœur de cet été meurtrier à Hollywood

A chaque jour sa peine cinématographique. «Eté meurtrier pour les légendes d’Hollywood», renchérit Télérama. Après le torrent de larmes qui a coulé mardi sur la mémoire de Robin Williams, ce sont des yeux de chatte féroce qui se sont fermés à jamais. «The Look» s’est envolé, et avec lui le symbole de l’âge d’or hollywoodien. Au cas où vous l’auriez oublié, ce regard bleu glacé et glaçant, le voici encore une fois, dans le film Le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946), du tout grand Howard Hawks, dont l’épouse avait remarqué cette splendide créature de rêve sur une couverture de Harper’s Bazaar en 1943, et qui a collectionné ensuite les unes des magazines (voir le bel échantillon du Huffington Post):

Lauren Bacall – puisqu’il s’agit bien d’elle – «passed away», comme disent poétiquement les Américains. Bacall la blonde, la femme fatale par excellence. Qui avait formé avec Humphrey Bogart, à l’écran comme à la ville, un couple mythique-de-chez-mythique. Et à qui elle a survécu près de six décennies, veuve à 32 ans. Selon le site TMZ, elle a succombé à son tour chez elle, à New York, à «un accident cardio-vasculaire massif». Elle avait 89 ans tout de même. Et «c’est avec un profond chagrin, mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons» son décès, a indiqué mardi soir la famille Bogart au Washington Post et au Los Angeles Times – qui lui consacrent d’immenses et belles nécrologies – tel qu’exprimé sur son compte Twitter, BogartEstate (@HumphreyBogart) :

Ses yeux, donc. Et presque tout est dit. Ils soutenaient cette «voix rauque à faire trembler» et surplombaient cette «moue boudeuse», dit l’Agence France-Presse. «Une silhouette longiligne, une chevelure crantée», et surtout «une classe folle», un port de tête et de corps à vous faire trembler… Tout cela avait captivé le grand public dès son premier rôle, dans Le Port de l’angoisse (To Have and Have Not, 1944), de Howard Hawks et avec Bogart encore, d’après Hemingway, sur fond de résistance au régime de Vichy. Avec cette scène culte, dont Europe 1 – entre autres – rappelle le souvenir, où elle intime au beau Humphrey: «Vous n’avez pas à jouer avec moi, Steve. […] Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve? Vous rapprochez vos lèvres, comme ça, et vous soufflez.» Immense, immense!

Il y a cinq ans, elle avait été enfin gratifiée d’un Oscar d’honneur, à l’âge de 85 ans, rappelle Le Monde. Elle avait déclaré, en recevant la statuette des mains d’Anjelica Huston: «Finalement, je suis toujours vivante. Certains d’entre vous doivent être surpris.» C’est ce qu’aimait Howard Hawks chez elle: sa modernité et son franc-parler, «la voix grave et l’insolence de cette grande fille à la beauté peu commune»: «C’est quand elle est insolente qu’elle devient désirable», avait-il dit, rappelle Télérama. Et partout, on lit ce terme à la mode: «icône». Pour le Hollywod Reporter, elle fut celle de la «coolitude». Cette attitude bien à elle, avec cette voix que l’on a pu entendre sur Radio Sottens en 1951:

Deux films fondateurs

Et pour le magazine français, Le Grand Sommeil et Le Port de l’angoisse ont suffi «à fonder un mythe», car «le reste de sa carrière est objectivement plus inégal, si l’on met à part quelques titres». Dont La Femme modèle (Designing Woman), de Vincente Minelli (1957), «où elle est irrésistible en styliste mondaine, mariée à un journaliste sportif». «Mais même des films moyens n’altèrent pas» son «aura» et sa «classe», elle qui était «connue, dans la vie, pour son engagement à gauche, sa méfiance à l’égard d’Hollywood, sa liberté par rapport aux studios». A près de 80 ans, elle avait participé au diptyque de Lars von Trier, Dogville et Manderlay, et elle était aussi apparue dans Birth, de Jonathan Glazer!

«Le regard s’éteint», titre simplement de son côté Le Devoir, sous la plume toujours délicieuse d’Odile Tremblay. Pour elle, «Lauren Bacall était l’étoile magnétique» de films comme Key Largo de John Huston (1948) et How to Marry a Millionaire de Jean Negulesco (1953), où elle côtoie Marilyn Monroe. Elle explique aussi qu’on la surnommait «The Look» «à cause de ce regard par en dessous, effet de timidité devant la caméra qui rendait fous ses nombreux admirateurs. Sa beauté, sa voix rauque, son béret brillent sur l’étoile hollywoodienne, comme symboles d’un âge d’or révolu.» Et traces de «son charisme érotique» et de «son regard ensorceleur»; «sa présence, sa manière féline de bouger» ont fait d’elle «une des dernières stars allégoriques américaines».

Dans «la splendeur éternelle»

«Ses films la conservent dans sa splendeur éternelle», poursuit le quotidien montréalais, «mais la veuve Bogart, comme elle s’est trop souvent perçue, même après avoir épousé l’acteur Jason Robards en 1961, allait coiffer les 90 ans. Un accident cardio-vasculaire l’a emportée chez elle. Pas question de suicide comme pour Robin Williams, la veille. L’âge, le cœur. Rideau! Ses deux autobiographies s’étaient vendues comme pains chauds. Voici le dernier chapitre écrit.»

Et de préciser encore qu’à Bogart, «elle aurait préféré Cary Grant, mais pas longtemps. Le coup de foudre fut réciproque avec le célèbre acteur du Faucon maltais, son aîné de beaucoup. Oh le scandale!» Mais «à la fin de sa vie, Bacall était une statue du cinéma si imposante que plusieurs cinéastes lui offraient des petits rôles, juste pour l’avoir dans leur film et lancer plus tard: «Quand je dirigeais Lauren Bacall…» Elle laisse trois enfants, dont deux conçus avec Humphrey Bogart, auquel son nom demeure à jamais entrelacé, comme derniers amants romantiques.»

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