Lundi, Joseph S. Blatter a annoncé une décision qui risque de compter dans sa vie et dans celle de la FIFA. Le Temps le laissait prévoir le 19 mars dernier: il est candidat à la présidence de la Fédération internationale de football, et il se présente contre le seul candidat déclaré jusqu'ici, Lennart Johansson, actuel président de l'UEFA, l'organe faîtier du football européen. Ceux qui craignaient l'entrée en lice du Valaisan ont multiplié les manœuvres pour l'obliger à sortir du bois ou à renoncer. Mais Joseph Blatter n'est pas seulement habile dans les tirages au sort des compétitions mondiales. Il a attendu son heure – le plus près possible du délai de dépôt des candidatures, le 7 avril prochain. Il a sorti un superbe atout de sa manche, Michel Platini, auquel il a promis de confier des responsabilités importantes.

Cette candidature à deux est une invention subtile, bien qu'elle ne corresponde formellement à rien. Le 8 juin, à Paris, on élira le président, et non ses collaborateurs. Avec Platini, Sepp Blatter a choisi un argument symbolique de taille. Notamment auprès des Fédérations européennes et africaines qui semblaient acquises à Lennart Johansson. La FIFA est une organisation planétaire. On y retrouve des jeux d'alliances et de stratégie dignes de la géopolitique mondiale. Joseph Blatter s'est engagé face à un homme qui semble représenter l'Europe, la super-puissance du football. Cette hégémonie est menacée par la politique d'ouverture qui a conduit à un Mondial à 32 nations. Blatter joue la mondialisation à tout va. Et il bénéficie des voix de l'Amérique, du Sud au Nord.

Le Suisse Joseph Blatter, secrétaire actuel de la FIFA basée à Zurich, est allé à Paris, ville du Mondial 98, rendre publiques ses ambitions accompagné d'un des personnages les plus universels du football. C'est tout un programme. Et cela suffit à redistribuer les cartes d'un jeu qui paraissait joué d'avance.

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