Depuis la conclusion de l'accord global, des remous agitent la presse et les milieux politiques concernant l'avenir de la task force. Son chef est au centre de la controverse. L'abondance des lauriers qui lui sont prodigués cache mal les arrière-pensées.

Thomas Borer a incarné la fermeté du Conseil fédéral, soutenu par une très large majorité de l'opinion, et sa résistance à se laisser entraîner dans un conflit dont il considérait qu'il n'était pas le sien. Il doit payer le prix d'avoir été l'instrument d'une victoire – on ose à peine employer ce terme – ambiguë, tout en étant associé à la catastrophe en matière de communication qui a marqué, au niveau politique, la conclusion de l'accord global.

Le Conseil fédéral a certes réussi à ne pas se laisser impliquer dans la transaction, mais au prix d'une abdication de ses responsabilités, en laissant aux banques le soin de sortir la Suisse de la mauvaise querelle où elle était engagée avec les organisations juives. Ce n'est pas le genre de manœuvre dont on se souviendra avec fierté dans les âges à venir. Thomas Borer restera identifié à cet épisode et, la task force étant identifiée à son chef, on peut voir dans la hâte mise à vouloir se débarrasser de l'un et de l'autre une forme de mauvaise conscience. Les démocrates-chrétiens, entre autres, expriment très clairement ce qui les motive à demander une démobilisation de la task Force. Ils veulent tourner la page, montrer que la situation est redevenue normale et que l'on n'a plus besoin d'une structure de crise. Démobiliser la task Force, c'est montrer que la crise est passée, qu'on est revenu à une normalité à laquelle on aspire. C'est aussi éliminer les acteurs et les témoins de péripéties qu'on préférera oublier.

Le danger dans cette quête presqu'éperdue de la normalité c'est qu'elle fait oublier tout ce qui reste à faire. On peut s'interroger légitimement sur l'avenir de Thomas Borer. A-t-on encore besoin, après la conclusion de l'accord global, d'un sabreur médiatique et flamboyant désormais marqué par son rôle et par son style? Mais faut-il démobiliser tout l'appareil parce que son chef emblématique est devenu encombrant? On doit garder devant les yeux toutes les échéances prochaines inscrites au calendrier comme la possibilité de développements imprévus. La Suisse n'en a fini ni avec le dossier de sa politique pendant la Deuxième Guerre mondiale ni avec la confrontation avec sa propre histoire. Sur quel instrument le Conseil fédéral voudra-t-il se reposer pour assurer le suivi d'un dossier qui est loin d'être refermé? Les premières gesticulations de la campagne pour les prochaines sélections fédérales, les conflits de personnes et de compétences, les calculs politiciens risquent de rendre particulièrement difficile la réponse à cette question.

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