L’aurochs, qui a tant fasciné nos lointains ancêtres, pourrait bien revenir peupler l’Europe… quatre siècles après sa disparition. Une poignée d’écologistes néerlandais ont entrepris de le ressusciter, ou plutôt de créer un animal à l’apparence, au comportement et au génome très voisins: le tauros.

La méthode n’a rien d’extraordinaire. Rien à voir avec les tentatives extrêmement sophistiquées de clonage que Steven Spielberg expose dans Jurassic Park et que certains scientifiques rêvent d’appliquer un jour au mammouth. Les auteurs du projet entendent utiliser la technique la plus classique qui soit, le procédé employé par les éleveurs depuis des milliers d’années: les croisements dirigés d’individus vivants. Pour ce faire, ils ont sélectionné parmi les descendants du bovidé disparu ceux qui ont gardé la plus grande proximité avec lui. Et ils ont commencé à les mélanger.

Si le moyen est banal, l’objectif visé est, lui, révolutionnaire. Alors que les éleveurs traditionnels créent de nouvelles races, le «projet tauros» a pour objectif de recréer, autant que faire se peut, une espèce disparue. Avec la conviction que le passage du temps ne l’empêchera pas de trouver sa place.

Autre différence avec les pratiques habituelles: les croisements d’individus ont normalement pour but de créer des races d’animaux domestiques mieux adaptées aux besoins humains. Qu’il s’agisse de chats ou de chiens, choisis en fonction de leur apparence ou de leur caractère, ou de chevaux et de vaches, sélectionnés sur la base de leurs performances ou de leur productivité. Dans le cas du tauros, l’objectif est de fabriquer une race d’animaux sauvages destinée non pas à l’homme mais aux espaces désertés par lui.

C’est que ces espaces sont encore nombreux sur le Vieux Continent. Ils s’agrandissent même, à la faveur de l’exode rural, dans un certain nombre de pays. La question est dès lors de savoir comment les gérer. Une première option est de les laisser à eux-mêmes, ce qui revient à favoriser l’extension générale de la forêt. Une autre est d’encourager le retour d’un autre milieu, l’ancienne savane européenne, qui suppose l’intervention de bovidés sauvages dotés d’un appétit assez gargantuesque pour contenir le reboisement.

Les initiateurs du «projet tauros» ont choisi la deuxième solution. Sensibles aux disparitions d’espèces, ils refusent de les avoir pour unique horizon. Ils veulent croire que le monde moderne offre de nouvelles possibilités aux défenseurs de la nature. Et que le défi le plus prometteur aujourd’hui dans le champ de l’écologie est de savoir les saisir.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.