Opinion

Lausanne, capitale romande, doit se donner les moyens de ses ambitions

Entre Morges, et Vevey, il n’y a qu’une ville: Lausanne. Les urbanistes le savent, les Lausannois le savent, mais les politiques l’ignorent, déplore le conseiller national PLR vaudois Fathi Derder, qui appelle au moins à un rapprochement des communes de la région lausannoise

Il y a 30 ans, Lausanne était une ville sinistre pour un jeune de 16 ans. Il y avait trois bistrots, une boîte, et une honnête université de province «hors les murs».

30 ans plus tard, Lausanne est une capitale de la science, de l’innovation, de la culture et de la nuit. Sans parler de la capitale olympique, et ses organisations sportives. Des dizaines de bistrots ont vu le jour, des restaurants, des salles de concert, de spectacle. La nuit lausannoise attire chaque week-end des milliers de personnes. Et nos Hautes Ecoles attirent des milliers d’étudiants.

Lausanne, la Health Valley romande

Avec les années et le développement urbain vers l’ouest, l’EPFL, elle, est revenue en ville. Mieux, elle est le cœur scientifique et économique de Lausanne: 350 millions de francs de capital-risque ont été levés sur son seul site cette année (plus que le reste du pays). Elle fait de Lausanne le cœur de la Health Valley romande, redonnant vie au passage à un site scientifique genevois, à Sécheron. En 30 ans, le petit village de pêcheurs est devenu la capitale romande. Et de la plus belle des manières: par la jeunesse.

Une ville universitaire, sportive, épicurienne et festive. Le paradis des jeunes. Dans les années 80, à 20 ans, on voulait fuir Lausanne. Aujourd’hui, on veut y venir. Des quatre coins du monde. Pour travailler, se divertir, faire du sport et bien vivre. Une révolution silencieuse, sans réel projet politique, et grâce à des pionniers visionnaires.

Un truc impensable

Comme la famille Wegmuller qui a donné à une génération de Lausannois un truc impensable à la fin des années 80: des lieux de vie où sortir le soir, boire un verre, bien manger, et faire la fête. Elle a transformé le quartier de Marterey. Puis, le Flon, avec Blaska et d’autres pionniers, les nuits, et des dizaines de nouveaux bistrots pour accueillir la journée, ou en début de soirée, cette nouvelle clientèle. L’air de rien, Lausanne devenait une ville agréable à vivre pour un jeune.

En parallèle, Patrick Aebischer façonnait le visage scientifique et économique de la ville. En choisissant, il y a quinze ans, une voie que personne ne préconisait pour l’EPFL: la santé. Aujourd’hui, le résultat est là, le succès, la reconnaissance internationale, des centaines de millions de capital-risque, des milliers de chercheurs, d’entrepreneurs et d’étudiants qui se battent pour «en être», et faire partie du formidable écosystème à start-up qui a vu le jour à Lausanne.

Pas de vision politique

Le plaisir et le travail. La fête et les études. Deux hommes, Thierry Wegmuller et Patrick Aebischer, sans se consulter, ont réinventé une ville, où mes enfants veulent et aiment vivre. Il serait temps que la politique s’empare de ce phénomène, et l’encourage tout en assurant un développement cohérent de l’ensemble, au-delà de projets isolés, comme l’indispensable métro de mon collègue Olivier Français. La politique doit se doter d’une vision, un projet ambitieux, et consolider ainsi une urbanisation cohérente de la ville, une harmonie des quartiers, et l’extension du site des Hautes Ecoles.

Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avant? Pour deux raisons: d’abord, il n’est pas dans la culture helvétique, et encore moins vaudoise, d’avoir une vision politique ambitieuse pour une ville. Il y a une exception en Suisse, Zurich. Ou Bâle. Et voyez le résultat. Elmar Ledergerber a fait de Zurich une vraie capitale suisse.

Lausanne réelle n’existe pas politiquement

Nous devons nous en inspirer. Or, aujourd’hui, c’est impossible à Lausanne, car… Lausanne n’existe pas. Politiquement. Le territoire où vivent les Lausannois s’étend de Lutry à Saint-Sulpice. Ce territoire, pour nous qui y vivons, c’est une ville, c’est Lausanne. Pour la politique, c’est 61 communes. Il est impossible d’avoir une vision politique pour 61 conseils communaux. Et l’on fait face à situations absurdes.

Quand on veut construire un complexe sportif au cœur de la ville, à Malley, on doit associer trois communes. Malley rejoint le centre de Lausanne, c’est le prolongement naturel du Flon, et le lien avec l’EPFL, le poumon scientifique de Lausanne qui n’est pas à Lausanne. Mais Malley non plus, n’est pas à Lausanne, c’est Prilly et Renens.

Une seule ville

Un nouveau concept est ainsi apparu, une exclusivité mondiale: un «quartier intercommunal». Où chaque décision doit être prise par trois syndics, trois maires, trois exécutifs, trois parlements. Pour une seule population, les habitants du quartier. Des Lausannois. En résumé: le cœur économique, scientifique et sportif de la ville se déplace vers l’ouest. Du coup, le centre de Lausanne n’est plus à Lausanne. C’est un problème.

La solution, l’architecte Patrick Heiz l’a suggérée plusieurs fois (Le Temps des 4 mars et 19 mai 2016): fusionnons les communes du Grand Lausanne. Et cessons de parler de «Grand Lausanne» quand on parle de quartiers du centre-ville. Comme le dit Patrick Heiz, les transports publics délimitent la ville. Quand des citoyens vivent sur une zone de mobilité commune, cette zone est une seule ville.

Au moins un rapprochement

Le découpage politique lausannois ne correspond plus à la réalité de la ville. Il allait bien pour le village de pêcheurs, il n’est plus adapté à la capitale romande. Entre Morges, et Vevey, il n’y a qu’une ville: Lausanne. Les urbanistes le savent, les Lausannois le savent, mais les politiques l’ignorent. Par conservatisme. Certains brandissent le fédéralisme, mais c’est un mauvais argument: les villes suisses ne pèsent rien à Berne. Redonnons-leur du pouvoir.

Une étude de l’EPFL le rappelait la semaine dernière: le fossé ville-campagne se renforce dans les votations. Or, les villes n’ont rien à dire dans le débat politique. En leur donnant plus de poids, nous renforçons le fédéralisme. Sans aller jusqu’à la fusion des 61 communes lausannoises, le rapprochement d’une poignée d’entre elles ferait de Lausanne la deuxième plus grande ville de Suisse. Elle aurait ainsi des ambitions, et les moyens de ses ambitions.


Fathi Derder, conseiller national PLR vaudois.

Publicité