Opinion

Lausanne à l’aube d’un nouvel âge architectural

La capitale vaudoise s’est imposée en quelques années comme un nouveau centre d’innovation dans le domaine architectural avec un foisonnement de projet, écrit Matthieu Jaccard

Vendredi 23 juin, la Ville de Lausanne a diffusé un communiqué informant du début des travaux du stade de la Tuilière, au nord de la ville, confié aux architectes biennois: mlzd et Sollberger Bögli. Ainsi s’ouvre un nouveau chantier dans la capitale olympique. Cette construction débute alors que d’autres bâtiments importants sont en cours de réalisation. Le Musée cantonal des beaux-arts du bureau barcelonais Barozzi/Veiga prend peu à peu forme à côté de la gare.

A Vidy, le CIO sera bientôt doté d’une spectaculaire Maison de l’unité olympique conçue par le bureau danois 3XN. Le site de l’université et ses environs accueilleront prochainement deux nouveaux édifices confiés à des architectes de Zurich: la future demeure de l’Institut des sciences du sport, de Karamuk Kuo, et les logements destinés aux athlètes des Jeux olympiques de la jeunesse 2020, attribués à Jean-Pierre Dürig. A proximité du CHUV, l’Allemand Stefan Behnisch bâtit Agora – Centre du cancer. Ces projets n’ont pas uniquement en commun d’être réalisés au même moment. Les bureaux qui en signent les plans figurent tous parmi les plus réputés des scènes suisse et internationale.

Apport des concours d’architecture

Avec le développement du campus de l’EPFL et de l’UNIL, de projets tels que Métamorphose, Plateforme 10 ou les Jeux olympiques de la jeunesse 2020, se construit à Lausanne et alentours un ensemble architectural de grand intérêt. Si elle prend une ampleur nouvelle, cette dynamique s’est mise en place il y a plusieurs années déjà. En 2010, l’ouverture du Rolex Learning Center avait placé l’EPFL sous les feux de la rampe. Inauguré l’année de la remise du prestigieux Prix Pritzker à SANAA, le bureau tokyoïte qui l’a conçu, il fait aujourd’hui partie des icônes de l’architecture contemporaine. Depuis, avec les réalisations du Français Dominique Perrault (bâtiments BI et ME) et du Japonais Kengo Kuma (ArtLab), le campus a fait l’objet de nouvelles interventions d’architectes très suivis.

Les chantiers en cours à Lausanne mêlent architectes de réputation internationale et une scène locale

En plus des bâtiments réalisés ou en cours de construction, des projets lausannois sont déjà internationalement connus bien que n’existant encore que sur le papier. Ainsi, l’attention portée au travail des architectes belges Office Kersten Geers David Van Severen et portugais Aires Mateus, respectivement lauréats du concours pour le campus RTS et de celui pour le bâtiment du Musée de l’Elysée et du Mudac, fait que les réalisations qu’ils préparent sont déjà largement connues des milieux intéressés par l’architecture contemporaine. L’inauguration de ces bâtiments est prévue à l’horizon 2020-2021. C’est également le cas du futur Hôpital des enfants, bâtiment dont s’occupent les bureaux hambourgeois gmp Architekten von Gerkan, Marg und Partner et lausannois Ferrari Architectes.

Le développement des concours d’architecture, à partir de la fin des années 1990, est une des raisons qui explique l’arrivée d’architectes stars à Lausanne. Cette pratique a également bénéficié à de nombreux bureaux lausannois. Ainsi, dans le cadre de Métamorphose, c’est par ce biais que le bureau Graeme Mann & Patricia Capua Mann s’est vu attribuer la réalisation du centre de football de la Tuilière, actuellement en chantier, et TRIBU architecture le masterplan de l’écoquartier des Plaines-du-Loup. D’autres mises en concurrence ont permis à Richter Dahl Rocha & Associés de construire le SwissTech Convention Center de l’EPFL et Aquatis, l’aquarium-vivarium qui va ouvrir ses portes cet été. En 2015, Pont 12 architectes a remporté le concours pour le centre sportif de Malley, équipement majeur en prévision des Jeux olympiques de la jeunesse 2020, dont les travaux ont débuté il y a peu.

Distinctions romandes

Le parlement vaudois, inauguré en avril, est passé par différentes étapes avant de trouver sa forme définitive. Un concours d’abord, remporté par une équipe constituée d’un bureau lausannois, Atelier Cube, et d’un partenaire étranger de grande réputation, Bonell i Gill, installé à Barcelone. Contraints de modifier leur projet par la menace d’un référendum, les architectes ont néanmoins réussi à doter Lausanne d’un bâtiment de grande qualité. La nécessité de faire avancer rapidement une réalisation attendue depuis longtemps avait empêché la tenue du débat qui aurait pu réconcilier défenseurs et adversaires d’une réalisation fidèle au projet choisi par le jury.

Les chantiers en cours à Lausanne, mêlent architectes de réputation internationale et une scène locale dont la qualité du travail fait l’objet d’une reconnaissance grandissante. Ainsi, dix des vingt-cinq Distinctions romandes d’architecture attribuées en 2006, 2010 et 2014 sont revenues à des bureaux vaudois ou à des réalisations bâties sur ce territoire. Dans un canton où, après le Lavaux en 2007 et une série de sites palafittiques préhistoriques en 2011, la Villa Le Lac de Le Corbusier a été récemment intégrée à la Liste du patrimoine mondial, Lausanne et le canton de Vaud sont aujourd’hui un lieu idéal pour débattre d’architecture et d’environnement bâti au-delà d’oppositions binaires telles que local-global, tradition-modernité, ville-campagne, et imaginer des pistes novatrices pour construire le futur et en débattre en société.

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