Editorial           

Et si Lausanne réveillait les musées genevois

Plateforme10 sera bientôt à quai à Lausanne, à une petite demi-heure des Genevois, qui y viendront forcément. A Genève d’attirer les Vaudois dans tous leurs musées

Ce 6 octobre, le vaste chantier de Plateforme10 sur lequel les Vaudois ont posé avec fierté la première pierre du futur Musée cantonal des beaux-arts ne pouvait que donner un petit coup de blues aux Genevois. Ils étaient d’ailleurs très peu à assister à l’heureuse cérémonie. Et Isabelle Chassot, directrice de l’Office fédéral de la culture, a enfoncé encore le clou quand elle a cité toutes les extensions de musée, débuts de chantier ou inaugurations qui ont ponctué l’année en Suisse. Genève n’était bien sûr pas dans la liste. En février, le projet Nouvel pour le Musée d’art et d’histoire (MAH) a été recalé en votation.

Lire aussi: Première pierre pour le futur Musée cantonal des beaux-arts

A Lausanne, il aura fallu huit ans pour passer d’un échec du même type à la première pierre d’un programme bien plus grand que celui refusé. Comment Genève va-t-elle réussir à sortir de son ornière? En juin, Sami Kanaan, magistrat chargé de la Culture, a nommé Jacques Hainard et Roger Mayou à la présidence d’une commission d’experts qui, depuis quelques semaines, s’enquiert de l’avis de tous. On le pressent, le chemin pourrait être long, même si le magistrat souhaite lancer un projet dès 2018.

Pourtant, on l’a presque déjà oublié, à Genève, on a aussi su rebondir. Fin 2001, les citoyens de la Ville refusaient un musée d’ethnographie place Sturm. Aujourd’hui, le MEG ouvert en octobre 2014 sur le site historique du boulevard Carl-Vogt attire des visiteurs de loin. Ces dernières années, outre les Conservatoire et jardin botaniques modernisés, l’extension du Musée international de la Croix-Rouge et du croissant rouge (MICR) a pu être réalisée. Ce n’est pas suffisant. Le MAH s’enlise, l’idée qui est dans l’air de transformer le Musée Rath en Musée de l’horlogerie n’a pas de quoi soulever l’enthousiasme, et le Mamco attend toujours ses travaux.

Certes, Jacques Hainard et Roger Mayou ont à leur actif les projets réussis du MEG et du MICR. Mais leur expérience ne suffira pas si, à tous les niveaux, elle n’est pas suivie de ce mélange de sagesse et d’ambition nécessaire pour voir plus grand encore. Comme à Lausanne. Genève en aurait les moyens avec le développement du quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV). Pour cela, au PAV ou ailleurs, il faut des idées qui tiennent compte de l’histoire mais ne s’y arrêtent pas. Des idées qui ne se prennent pas les pieds dans des protectionnismes frileux et des querelles de chapelles, ni ne se résument à des gestes architecturaux vides de tout contenu.

Plateforme10 sera bientôt à quai à Lausanne, à une petite demi-heure des Genevois, qui y viendront forcément. A Genève d’attirer les Vaudois dans tous leurs musées.

Publicité