Cette semaine, le syndic de Lausanne va recevoir une sollicitation du Réseau international des villes refuges ou Icorn (International Cities of Refuge Network). Cette lettre propose à la capitale vaudoise de rejoindre cette organisation existant depuis une vingtaine d’années. Né en Scandinavie, Icorn soutient les artistes, écrivains ou journalistes en grave danger dans leur pays. Près de 70 villes dans le monde en font pour le moment partie, mais une seule en Suisse: Berne.

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Un enjeu particulièrement noble

Ces réfugiés politiques, au premier abord, peuvent apparaître comme des privilégiés. Ils méritent pourtant d’être accueillis, tant leurs mots, leurs œuvres en général disent les vérités et les libertés interdites. Les villes participant au réseau Icorn, chevilles ouvrières de cette résistance intellectuelle internationale, s’engagent à fournir logement et bourse à l’un d’eux, parfois sa famille, durant une période d’environ deux ans. Leur réseau constitue un refuge précieux, public et privé, loin des menaces, à partir duquel il s’agit pour ces persécutés et leurs proches de se reconstruire une existence. Et de réapprendre l’avenir.

L’Icorn évoqué à Genève en 2017: «A Genève, une maison de rêve pour les écrivains»

Avec plus de 170 personnes aidées depuis sa création – un nombre évidemment minuscule au regard du nombre toujours plus affolant de persécutés – Icorn participe ainsi d’une logique de gouttes d’eau. Des gouttes d’eau de liberté d’expression et de symbole. Et c’est bien pour cela que l’organisation, et la lettre qu’elle va adresser à Lausanne, mérite toute notre attention. Y répondre positivement, pour rejoindre les villes déjà participantes, serait un acte solidaire, civique, mais pas toujours facile à assumer politiquement, surtout en Suisse, où la politique des réfugiés est réglée sur le plan fédéral. De la droite à la gauche, l’idée d’aider ainsi des penseurs peut en effet sembler là à tort luxueuse, voire inutile. Pire: contraire à la neutralité helvétique.

Il faut souhaiter que le réseau Icorn essaime, à Lausanne comme ailleurs. Dans cette époque où les réseaux de capitales se font tant de politesses en s’inspirant les unes des autres, le faire pour d’autres enjeux que des pistes cyclables serait particulièrement noble. Les gouttes d’eau ne sont jamais dérisoires. Une rouille heureuse peut s’insinuer et marquer les consciences. En défendant la liberté par leur art, les réfugiés accueillis sur les bords du Léman feront, demain, une œuvre belle d’érosion, loin à la ronde, sur tout ce qui ressemble à l’égoïsme ou à la prison des esprits.