Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Stéphane Lambiel, double champion du monde de patinage artistique et médaillé olympique, et le chanteur Bastian Baker lors d’une répétition de «Champions!», le spectacle du centenaire du CIO à Lausanne en novembre dernier, place de la Riponne, dev...
© LAURENT GILLIERON

Revue de presse

A Lausanne, le spectacle «Champions!» des 100 ans du CIO fait grincer des dents

Même avec des stars comme Stéphane Lambiel et Bastian Baker, on peut creuser un trou financier important. Les citoyens passeront à la caisse, et les politiques se passent «la patate chaude»

«Merci au public lausannois!» venu applaudir Stéphane Lambiel et Bastian Baker. Et «bravo à tous les artistes et techniciens […] qui ont permis aux 12 000 spectateurs de la place de la Riponne de vivre un moment de pure magie», lit-on encore sur le site de Champions!, le spectacle organisé en novembre dernier en l’honneur des 100 ans du CIO à Lausanne. On peut en revoir plusieurs moments en vidéo, dont celui-ci:

Seulement voilà, ce méga-show qui représentait, selon la promotion, «l’une des plus grandes projections architecturales au monde», «avec du feu. De la glace. 400 artistes et figurants. Des athlètes olympiques. Des stars», s’est finalement bouclé sur un important déficit, de l’ordre d’un million de francs, soit environ la moitié du budget. L’association organisatrice, De Feu et de Glace, s’est donc tout naturellement tournée la semaine dernière vers le canton de Vaud et la Ville de Lausanne pour demander une aide financière permettant de combler le trou. La demande est en cours de traitement.

Lire aussi: Un spectacle à la croisée du sport et des arts (18.11.2015)

Ils ont de bonnes excuses, les organisateurs: «délai de préparation très serré»; «caractère exceptionnel» du spectacle sur le plan technique; «mauvaises conditions météorologiques», avec une soirée annulée et, par voie de conséquence, moins de rentrées au niveau des boissons et des stands de nourriture, sans compter les 6000 spectateurs qui ont manqué à l’appel; «effet dissuasif» des attentats de Paris qui se sont déroulés quelques jours auparavant; annulation des feux d’artifice: tout semblait maudit dans cette affaire que beaucoup ont perçue comme un brin mégalomaniaque.

Lire aussi: Un hymne vibrant au dépassement de soi (22.11.2015)

Alors aujourd’hui, «on interpelle tous les bords, de tous bords», comme le dit le quotidien 24 heures, car si «le spectacle a été grandiose, le déficit l’est aussi», défaut qui ne peut être imputé «à des fautes ou à des malversations, mais plutôt à des facteurs indépendants de la volonté des organisateurs et, il faut le dire, à une certaine impéritie» face à «la complexité de la manifestation» dont tout quidam lausannois a pu se rendre compte lors des préparatifs sur la place de la Riponne.

Une complexité «qui a été mal évaluée», notamment par le dicastère concerné, celui de Marc Vuilleumier, qu’un internaute du quotidien vaudois fusille au passage: «Une fois de plus, M. le municipal popiste […] marque de son empreinte l’histoire de Lausanne. Son empreinte = son inefficacité! Par contre, comme représentant des Sports de la Ville, ce municipal […] vole d’une cérémonie à l’autre, soit dans le monde entier! Vivement la fin de ce cauchemar.»

Une «course en avant»

Président de l’association De Feu et de Glace, le municipal souligne pour sa part «combien les artistes sont exigeants», et la «course en avant» qu’a constituée le tout. Au final, son vice-président, le conseiller d’Etat Philippe Leuba, précise que l’appui pourra être accordé dans le cadre des budgets ordinaires du canton et de la Ville de Lausanne. «[…] Il est vraisemblable [qu’ils] se partageront» les pertes du «très cher cadeau au CIO» – selon l’expression de La Côte – «à parts égales».

A quelques jours des élections communales vaudoises du 28 février, cela tombe très mal. Le fiasco financier a fait réagir certains politiciens sur les réseaux sociaux, comme l’indique 20 minutes. Cela fait notamment «jaser» sur Twitter Gilles Meystre, conseiller communal PLR candidat à une réélection, et le député socialiste Nicolas Rochat Fernandez, qui a interpellé le Grand Conseil vaudois et poste sur sa page Facebook sa réaction devant les micros de La Télé:

La chaîne régionale parle d’autorités «dépassées par les événements», mais celles-ci passent clairement «la balle» – pour ne pas dire la «patate chaude» – aux organisateurs ou aux autres partis, sur les dents vu la prochaine échéance électorale. Quant aux internautes du quotidien gratuit, ils ne mâchent pas leurs mots. Jugeons-en par ces quelques extraits: «Ce spectacle a été inadmissible à tout point de vue: privatisation de l’espace public, prix prohibitif et maintenant, ils veulent que nos impôts paient leurs frais? Et cela pour quoi? Pour remercier Lausanne d’accueillir le CIO? Quand on fait un cadeau, on offre. On ne demande pas à ses hôtes de payer!»

Ou alors: «A vouloir jouer dans la cours des grands! Paf!»; «Pas étonnant,
les yeux plus gros que le ventre!!»; «Rien que l’idée de donner de l’argent à Lambiel est complètement aberrante! Ce gamin arrogant…»; «Médaille de plomb du management. Et dire que ce n’était qu’un entraînement en attendant les Jeux olympiques de la jeunesse…»; «Peu importe Leuba, la fête fut belle, et il faut bien préparer son entrée au CIO et la sortie du communiste!». Sans compter cette dernière pique envers le socialiste pressenti à la syndicature de Lausanne: «Avec [Grégoire] Junod, on va doubler les impôts.»

Un «pugilat politique»

Ça «passe mal», «les citoyens risquent de l’avoir en travers de la gorge», confirme RTS Info. Le secrétaire général du PLR vaudois, Philippe Miauton, a notamment émis quelques doutes sur la gestion d’un spectacle «prévu seulement pour deux jours» dans le Forum radiophonique de vendredi dernier: «une vision trop grande»? questionne-t-il. Cela «dégénère en pugilat politique», constatait ce mardi soir la même émission, avec un affrontement entre la gauche et la droite.

Elle prenait l’avis d’Olivier Meylan, cofondateur de l’agonisant For Noise Festival, sur la question. Celui-ci fait remarquer que «le niveau de justification de la perte est assez faible» («C’était tellement grandiose que ça devait forcément perdre de l’argent»). Mais encore: «La prise de risque paraît folle: un budget de deux millions et demi à couvrir en deux jours, 50% de pertes, c’est du jamais vu.» Et enfin, ce constat: «La malchance! Mais au mois de novembre, en Suisse, a priori, la pluie est quelque chose d’assez envisageable.»

Résultat: «Marc Vuilleumier a dû s’expliquer pendant plus d’une heure et demie devant le Conseil communal de Lausanne» ce mardi soir, comme l’écrit La Liberté de Fribourg. «Le municipal popiste des Sports devait répondre à trois interpellations urgentes.» Il a «livré plusieurs détails sur la genèse du spectacle et sur la perte de maîtrise financière de Champions!. La Ville et le canton voulaient faire quelque chose pour le centenaire du CIO, c’est le rédacteur en chef de 24 heures» qui a eu l’idée d’un tel spectacle et il a pris contact avec le metteur en scène.»

Et d’ajouter: «C’est seulement après la fin du spectacle que Marc Vuilleumier ira expliquer à ses collègues que la situation financière était catastrophique.» Sa conclusion, provisoire: «En matière de gouvernance, il y a eu des manquements. L’urgence a été le mot d’ordre des six mois que nous avons passés, entre mai et novembre 2015. Il nous aurait fallu une année.»

Pas mal d’amateurisme et d’improvisation, dans le fond.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)