On parle désormais de pollution de l’air jusqu’à onze fois supérieure à un niveau estimé «dangereux» dans certains secteurs de Sydney et de Nouvelle-Galles du Sud. «Sur les images satellites, la côte sud-est de l’Australie disparaît dans une épaisse fumée, et sur la carte de la NASA répertoriant en temps réel les incendies, elle n’est plus qu’un amas de points rouges, constate Libération. Les forêts australiennes brûlent depuis plusieurs semaines, plongeant Sydney dans une brume orangée, mais le week-end qui vient de s’écouler a été exceptionnel. Les pompiers font désormais face à quelque 200 feux qui s’étendent sur cinq provinces et se rejoignent par endroits, créant des couloirs de flammes.»


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Sur la sellette, le premier ministre conservateur, Scott Morrison, contre-attaque ce lundi en pleine crise. Il récidive en jugeant qu’il serait «irresponsable» de tourner le dos à l’industrie du charbon et à ses milliers d’emplois, ce qu’il avait déjà annoncé «sans aucun scrupule» selon le Corriere della sera, en août dernier, au Forum des îles du Pacifique. Et comme si cela ne suffisait pas, «ScoMo», comme il est surnommé en Océanie, a essuyé les foudres de l’opinion publique la semaine dernière quand il est apparu qu’il était en vacances à Hawaï en famille, alors que les incendies redoublaient de vigueur.

Rentré précipitamment ce week-end, il s’est rendu dimanche auprès des pompiers luttant contre les flammes. «En maintenant ses vacances, […] Scott Morrison a choqué l’opinion australienne, c’est vraiment le moins que l’on puisse dire», selon France Culture. Aux yeux de l’Australian, «l’idée même» de les avoir maintenues dans ces circonstances était «ridicule et malavisée». «Mais ce qui aggrave le cas du premier ministre, c’est que son équipe a tenté dans un premier temps d’étouffer l’affaire, d’empêcher les journalistes de savoir où était le chef du gouvernement, et pour y faire quoi.»

Alors, pendant ce temps, c’est inévitable, «le fossé se creuse entre le gouvernement» qui se prélasse à des milliers de kilomètres de là et «la population» qui crame, écrit La Croix. Dans la rue, pancartes et slogans «crient de désespoir» et «sur les réseaux sociaux, [il y a] des flammes pour soutenir les quelque 3000 sapeurs-pompiers déployés, et des gouttes d’eau accolées aux pseudos pour exprimer sa colère face à la mauvaise gestion du système hydraulique par le gouvernement».

«Sur Twitter, indique Le Parisien, les témoignages d’habitants en proie aux fortes chaleurs s’accumulent. Une Australienne dit notamment vivre «un des pires jours de météo. […] Extrêmement chaud, avec dans l’air une couleur que je n’ai jamais vue auparavant… La fumée est insupportable.» «Il fait une chaleur de malade, ici», commente une autre, qui dit espérer que la chaleur s’apaisera dans la soirée. Une chose est sûre, assène La Croix: «Les Australiens sont à bout.» D’autant plus qu’en ce début d’été dans l’hémisphère Sud, on n’attend pas de pluies importantes avant deux mois, comme on l’a vu au 19h30 de la RTS samedi soir:

«C’est l’équivalent de toute la superficie de la Belgique qui est parti en flammes», soit quelque 3 millions d’hectares, compare la chaîne d’info LCI. Pire: «Pour le moment, la tendance est plutôt à la hausse des températures, qui pourraient monter jusqu’à 47°C dans certaines parties» du pays. C’est «une très mauvaise nouvelle» pour la population, habituée «aux incendies de brousse tous les ans», mais cette fois, ils sont monstrueux «par leur précocité et leur violence».

Ce samedi, particulièrement, était «un jour horrible» pour les pompiers […]. «On a vu des dégâts et des destructions considérables», et il y a eu des morts, selon leur chef en Nouvelle-Galles du Sud, une région très rurale. La galerie photos du Monde dit bien l’ampleur du désastre… La première ministre de cet Etat oriental, Gladys Berejiklian, invoque des «conditions météorologiques catastrophiques»: «Notre plus grand sujet d’inquiétude est l’imprévisibilité des conditions de vent violent et des températures extrêmement élevées», explique-t-elle dans le Daily Telegraph australien, que cite Courrier international. C’est que…

… l’île-continent a connu mardi dernier le jour le plus chaud jamais enregistré avec une moyenne maximale de 40,9°C du 10e au 35e parallèle sud

Sydney, la plus grande ville d’Australie, suffoque sous les fumées toxiques et la qualité de l’air y est aussi nocive que «si vous fumiez 27 cigarettes» en quelques minutes, dit-elle. «J’habite à 50 kilomètres des feux, dans la banlieue de Sydney», relate aussi un internaute repéré par Le Parisien, qui craint que «la fumée ne s’estompe plus jamais». «Qu’est ce qui arrive à Sydney?» se demande encore une jeune femme, qui exhorte tous les habitants à «rester à l’intérieur tant que la météo sera aussi critique». «J’ai essayé de sortir et je ne pouvais même pas respirer», assure-t-elle. «Les personnes âgées, les enfants et le personnel travaillant en plein air sont particulièrement exposés» et «les services médicaux ne sont pas préparés à une telle situation».

Et puis quoi? Même s’il fait des excuses sur son escapade inopportune à Honolulu, «ScoMo» refuse «les critiques selon lesquelles son gouvernement ne lutterait pas suffisamment contre le réchauffement climatique», rapporte le Sydney Morning Herald. Il assure «ne pas voir de lien direct entre l’évolution du climat et les feux du moment». Mais en clair, le premier ministre dit «circulez, y a rien à voir», estime Anthony Albanese, le chef de l’opposition travailliste. Ajoutant avec esprit: «S’il pense qu’il n’y a rien à voir, c’est parce qu’il ne voit rien, avec toute cette fumée.»

Ce «ScoMo» que tout le monde ridiculise et vilipende «est l’incarnation d’une nouvelle génération de climatosceptiques: les climatorelativistes, pour Libération. Pas un Donald Trump qui voit dans la lutte contre le changement climatique une «invention chinoise» pour saper la compétitivité américaine. Ni un Vladimir Poutine qui assure que «personne ne sait à quoi est dû» le plus redoutable péril pour la planète. Non, Scott Morrison, 51 ans, est plutôt du style «après moi, le déluge». […] Aux fermiers qui souffraient en octobre d’une sécheresse record, il proposait de prier pour la pluie. A la mort annoncée de la Grande Barrière de corail, il répondait un mois plus tôt qu’elle était saine et résiliente.»


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