Dans deux jours, cela fera vingt-huit ans que les Suédois, et avec eux presque le monde entier, pleuraient le meurtre de leur premier ministre, Sven Olof Joachim Palme (voir la page du Journal de Genève du 3 mars 1986), alors que ce socialiste réformiste salué partout comme un «paladin de la paix» se rendait au cinéma avec son épouse en plein centre de Stockholm. L’enquête, difficile, longue, tortueuse, qui avait évidemment suivi avait exploré plusieurs pistes. Entre autres celle du PKK. Mais aussi celle de l’Afrique du Sud, alors encore en plein régime d’apartheid. Sans pour autant aboutir à aucune conclusion concrète.

Mais le scénario sud-africain, celui du pays alors honni de la communauté internationale qui avait osé emprisonner Nelson Mandela, vient de reprendre de la vigueur avec ce que l’on apprend dans le journal Svenska Dagbladet: l’auteur de la célébrissime trilogie Millenium, Stieg Larsson, disparu en 2004, avait enquêté sur ce meurtre. Rien moins que lui, héros de millions de lecteurs passionnés. D’ailleurs, tout le monde l’a oublié, mais Larsson était journaliste avant de devenir auteur de polars.

«Une priorité dans l’agenda de Stieg»

Dans le détail, le journal suédois explique que ses recherches l’avaient mené jusqu’à un ancien militaire suédois devenu agent secret, Bertil Wedin, soupçonné d’être en relation avec les services de sécurité sud-africains. Tous les ingrédients du polar sont là. Car il faut savoir, dans ce contexte qu’Olof Palme avait exprimé de nombreuses critiques envers l’apartheid qui, à l’époque, suscitait l’ulcération dans le monde entier. Du coup, la mort brutale du premier ministre «était devenue une priorité dans l’agenda de Stieg», a confié l’ancienne compagne de l’écrivain, Eva Gabrielsson. La réalité dépassait soudain la fiction.

De fait, le nom de Bertil Wedin avait déjà été mentionné dans les années 1990, mais une source anonyme perdue dans les 15 cartons de documents posthumes de Larsson le décrit, ainsi que l’explique le Guardian qui compare cet assassinat à celui de JFK, «comme l’intermédiaire du meurtrier», démasqué «d’outre-tombe». L’écrivain pensait que cet excellent «tueur professionnel» travaillait pour la police secrète sud-africaine depuis les années 1970. Evidemment, l’intéressé dément, et le procureur chargé de l’enquête indique que l’ancien militaire ne figure plus parmi les principaux suspects du meurtre.

Reste que «Palme était connu pour ses prises de position courageuses» – que d’aucuns ont aussi vues comme naïves ou molles – remet en contexte le site ActuaLitté: «Son opposition formelle à l’apartheid sud-africain […] lui valut probablement d’être assassiné, même si l’affaire est toujours en cours.» Parmi les morts, Larsson est sans doute resté encore plus célèbre que lui, pour avoir vendu plus de 75 millions d’exemplaires de sa trilogie, traduite dans plus de 30 langues. Et cette notoriété virale a envahi les sites de médias du monde entier depuis que l’on sait qu’il avait revêtu son imper de détective pour tenter d’élucider une des affaires les plus mystérieuses du XXe siècle, vécue comme un drame extrêmement douloureux pour nombre d’acteurs de l’époque.

Il suffit de taper «Larsson» et «Palme» dans le moteur de recherche de Twitter pour se rendre compte à quel point les articles du Svenska passionnent le monde, dans toutes les langues. Larsson en Columbo d’outre-tombe, quel meilleur polar?