Ce lundi, le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, se rend à Bruxelles pour y rencontrer Maros Sefcovic, le nouveau «M. Suisse» de la Commission européenne. Porté par le «signal fort» que constitue le déblocage rapide du 2e milliard de l’aide à la cohésion par les deux Chambres en septembre, il espère renouer le dialogue après le clash de l’abandon de l’accord-cadre.

Cette semaine, une délégation de la Commission de politique extérieure (CPE) du Conseil national a déjà pu prendre la température, qui est glaciale. Les Helvètes sont revenus frustrés de la capitale européenne. Même le président du Mouvement européen suisse (MES), Eric Nussbaumer, a trouvé ses partenaires «trop idéologiques». Pour l’instant, l’UE n’a pas la moindre intention d’associer pleinement la Suisse au programme de recherche Horizon Europe, le plus doté du monde avec ses 95 milliards d’euros.

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Il est indéniable que, dans ce dossier, l’UE devrait se montrer plus flexible tant les intérêts sont communs. Mais le Conseil fédéral a accumulé tant d’incohérences dans sa politique européenne qu’il faut aussi comprendre l’irritation de Bruxelles. Pas plus tard que cette semaine, aussi bien le président de la Confédération, Guy Parmelin, qu’Ignazio Cassis ont multiplié les déclarations intempestives.

Ton rude et arrogant

«Il faut mettre de côté tous les éléments qui ont contribué à l’échec de l’accord-cadre», a répété Guy Parmelin à Bruxelles comme sur les ondes de la RTS. Dans une grande interview à la NZZ, Ignazio Cassis a fait le procès de l’UE, «qui fonctionne de manière technocratique» et qui se comporte toujours «en mode pression comme si nous étions toujours en train de négocier».

Le ton est rude et arrogant, et même franchement déplacé de la part d’un pays qui souhaite «mettre un terme à la spirale négative» pour rétablir un dialogue constructif. Les deux conseillers fédéraux se refusent à entendre le message martelé mille fois par l’UE. «Sans solution institutionnelle, l’actuelle voie bilatérale est morte.» Cette négation de la voix du partenaire confine à de l’autisme politique.

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Il ne faut donc rien attendre de la visite d’Ignazio Cassis à Bruxelles. Même si les 120 accords bilatéraux fonctionnent encore tout en s’érodant, la relation Suisse-UE n’est plus qu’un impitoyable bras de fer, ainsi que le montre l’attitude intransigeante de Bruxelles dans le dossier de la recherche, où la Suisse s’est vue reléguée au statut d’Etat tiers. Vu l’impasse politique, la crise actuelle risque de se prolonger durant plusieurs années. C’est l’avenir d’une génération de jeunes chercheurs qu’on est en train de sacrifier.

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