De manière régulière, les médias évoquent les problèmes rencontrés dans les petites et moyennes communes de Suisse romande; démission de membres des exécutifs, difficulté à trouver des remplaçants ou encore manque de professionnalisme. Dans l’édition du Temps du 28 novembre dernier, on pouvait lire que les 6 millions de francs détournés par le caissier de Belfaux «mettaient en lumière certaines limites de notre système de milice». Tous les cantons romands sont concernés par cette problématique; dans celui du Jura, le député Pierre-André Comte vient par ailleurs de déposer une motion sur le bureau du parlement, motion soulignant l’urgence à prendre les mesures nécessaires pour aider la grande majorité des communes à surmonter les difficultés qu’elles rencontrent dans leur gestion journalière. Cette intervention parlementaire fait suite à plusieurs témoignages accablants de maires du district de Porrentruy parus dans la presse régionale. Si les grandes communes de l’Arc jurassien peuvent s’appuyer sur des exécutifs composés de professionnels, voire de semi-professionnels, Il n’en est pas de même pour les plus petites d’entre elles dont la gestion ne repose que sur la disponibilité (ou pas) de miliciens.

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Fusion de communes

Les causes qui compliquent la vie des communes au quotidien sont nombreuses; nouvelles réglementations, bureaucratie accrue, juridisme zélé, consultations tous azimuts, incivilités décomplexées à l’égard des élus ou encore exigences croissantes de la part des administrés. Et le député Comte de conclure: la rémunération n’est pas de nature à susciter les vocations, loin de là. Le président du Conseil communal d’une collectivité jurassienne de 2500 habitants va toucher une indemnité annuelle de 10 000 francs pour un engagement qui dépasse parfois le mi-temps.

A l’occasion de ses 40 ans d’indépendance, le Jura a lancé une action citoyenne intitulée «Repenser l’Etat»

L’une des rares réponses des autorités cantonales aux alertes lancées par les élus est, comme toujours, la fusion de communes. Dans le Jura comme dans d’autres cantons, des projets de fusion ont abouti, d’autres ont connu un sort moins heureux. Là où ils ont échoué, il y a lieu de trouver d’autres remèdes aux constats précités considérant en outre que la fusion est, de facto, une perte de l’autonomie communale. A l’occasion de ses 40 ans d’indépendance, le Jura a lancé une action citoyenne intitulée «Repenser l’Etat» qui vise à une réflexion quant aux structures politiques et administratives. Un canton fort, c’est aussi des communes fortes! Ces dernières dont on sait que le système de milice qui les pilote est à bout de souffle.

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Urgence à réformer

Dès lors, et pour sauvegarder l’autonomie communale et faire face à la dégradation des conditions de travail et du fonctionnement des administrations et des conseils communaux, les signataires de la motion demandent non seulement un rapport de situation mais, surtout, des mesures susceptibles de répondre aux attentes des élus communaux. Le canton de Fribourg est face aux mêmes difficultés. Dans son édition du 5 novembre 2018, le Temps avait cité Patrice Borcard, préfet de la Gruyère: «Il y a des problèmes de conciliation entre vie professionnelle et engagement politique. On atteint les limites du possible.» Il y a urgence à réformer un système qui n’a plus sa place dans une société moderne. Assurément.