En Suisse, chacun peut se proclamer gestionnaire de fortune. Les autorités n'exigent aucune autorisation, et cette liberté a largement contribué au développement extraordinaire de ce secteur: il y a aujourd'hui quelque 6000 intermédiaires financiers actifs en dehors des banques. Elle explique aussi que les abus – le plus courant étant la disparition subite du gérant de fortune avec l'argent de ses clients – ne soient pas exceptionnels.

En 1998, la surveillance de l'ensemble des intermédiaires financiers non bancaires été renforcée avec la création de l'Autorité de contrôle chargée d'appliquer la loi sur le blanchiment d'argent dans ce secteur, mais la démission forcée de son chef, Niklaus Huber, à l'été 2001, sous la pression des corporations parabancaires, montre la difficulté de sa tâche.

L'actuelle directrice de l'Autorité, Dina Balleyguier, estime qu'il y a aujourd'hui «probablement plusieurs centaines d'intermédiaires illégaux», c'est-à-dire des sociétés ou des individus qui ne se sont pas enregistrés auprès d'elle mais exercent des activités de transfert ou de gestion de fonds. Trois sociétés qui se trouvaient dans ce cas – Allguard, Fimanet et Aggadon – ont été liquidées en juin dernier. «Je pensais que nous trouverions plus de cas, explique Dina Balleyguier. On ne reçoit pas encore assez d'indications du public. Mais nous découvrons tous les jours de nouveaux illégaux, et d'autres sociétés seront probablement dissoutes cet automne.»

Cette offensive n'impressionne pas certains experts. «Pourquoi ne liquider que ces trois sociétés? s'interroge un consultant spécialisé. Il en existe probablement des quantités d'autres qui sont tout aussi illégales.» Selon un avocat genevois spécialiste de la question, l'Autorité manque de moyens d'investigation: «Il est très facile pour un intermédiaire de prétendre qu'il n'a aucune activité financière. La seule solution efficace serait d'obliger les banques à repérer les intermédiaires actifs, car ceux-ci ont forcément la signature sur plusieurs comptes.»

Mais personne, dans le secteur financier, ne souhaite aller aussi loin.

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