Comment exactement s’est constituée l’ardoise monumentale qui a placé le gouvernement grec à la merci de l’Union européenne et du FMI? C’est la question que Zoé Konstantopolou, élue de Syriza et présidente du Parlement, a posée à une commission d’experts en avril 2015. Des experts choisis en bonne partie parmi les économistes, les juristes et les activistes qui se regroupent autour du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), dont le porte-parole et cofondateur Eric Toussaint a été chargé de coordonner les travaux.

C’est donc sans surprise qu’on a appris leur verdict: la dette publique grecque doit être répudiée parce qu’illégale, insoutenable et odieuse (c’est-à-dire contractée en violation des droits fondamentaux des citoyens). Présenté de façon claire et didactique, le dossier déposé à l’appui de cette conclusion n’en constitue pas moins une pièce à verser au débat qui n’a pas cessé de faire rage sur les causes de la situation catastrophique des finances athéniennes et sur les remèdes à lui apporter.

Renflouer les banques

Côté causes, le rapport met en évidence le poids des intérêts, aggravé par la transformation, dans le cadre du «sauvetage» européen, d’obligations à taux fixes en prêts assortis de rendements variables. En bonne partie, accuse-t-il surtout, la dette publique grecque est due à la reprise par l’État d’engagements privés contractés auprès d’instituts bancaires complaisants. Plus que les finances publiques, c’est donc le secteur financier grec qu’ont renfloué les contribuables européens. Et aujourd’hui encore leurs versements ne font pour l’essentiel que transiter dans les caisses du gouvernement pour filer aussitôt, sous forme d’intérêts, dans celles des banques créancières. Tandis que les citoyens grecs payent le prix fort de la crise: fonds de retraite rognés, dégradation de la santé publique, chômage.

En partie, ces maux font partie du remède, tel du moins que l’envisage la troïka. La réduction drastique des conditions de vie des Grecs est supposée, pour faire court, engendrer le même effet qu’une dévaluation de la monnaie (exclue en raison de leur appartenance à la zone euro) et renforcer leur compétitivité internationale. Malheureusement, accuse la commission, ce n’est pas ce qui se passe. La productivité du travail grec diminue et les exportations stagnent tandis que les réductions de salaires alimentent des profits en hausse et que, rapportée à un PIB rétracté, l’effort représenté par la dette croît plus rapidement que jamais. Il faut donc changer de tactique et effacer l’ardoise.

«La Vérité sur la dette grecque. Rapport de la commission pour la vérité sur la dette publique grecque»

Coordonné par Eric Toussaint

Les liens qui libèrent 208 p.

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