Opinions

L'Autriche joue la modestie. Par Roland Krimm

«Nous n'allons pas chambouler le monde en six mois, mais nous avons la volonté d'insuffler un nouvel élan à la construction européenne.» Wolfgang Schüssel, le ministre des Affaires étrangères, a donné le ton: la présidence autrichienne de l'Union européenne est placée sous le signe de la modestie. Entrée dans la famille européenne en 1995, l'Autriche est pour la première fois aux commandes des Quinze. Ces six prochains mois, ses partenaires observeront le moindre de ses faits et gestes. Vienne s'est préparé activement à relever le défi. Les autorités ont poussé le soin du détail jusqu'à simuler, dans un château proche de la capitale, des réunions ministérielles et des dîners de travail où des fonctionnaires jouaient les figurants.

Si l'Autriche a décidé de faire profil bas, c'est d'abord pour ne pas susciter de fausses attentes. Elle a tiré les leçons de la présidence britannique qui avait placé la barre de ses ambitions un peu haut. On se souvient du commentaire cinglant du chancelier Viktor Klima sur la gestion catastrophique du sommet de l'euro par Tony Blair: «J'ai appris comment ne pas conduire un sommet.»

Cette modestie tient également à la nature des dossiers en chantier. Ultimes préparatifs pour le lancement de l'euro, lutte contre le chômage, élargissement aux pays de l'Est et à Chypre, réformes structurelles et institutionnelles pour préparer la maison Europe à accueillir une dizaine de nouveaux membres: la présidence autrichienne ne sera qu'une présidence de transition. Aucune percée décisive n'est attendue. La machine tournera au ralenti jusqu'aux élections allemandes fin septembre. Conséquence: Vienne devra se contenter de donner des impulsions.

Sur un point en revanche, l'Autriche pourrait marquer des points. Elle pilotera les Quinze à un moment où le climat politique est marqué par une contradiction fondamentale. Alors que le crime organisé, le trafic de drogue et l'immigration clandestine profitent de la disparition des frontières, la tendance est au repli sur soi en Europe. La construction européenne incarnée par Bruxelles est la cible d'attaques virulentes à Bonn comme à Paris.

L'Autriche, elle, plaide pour davantage d'Europe. Mais pour concrétiser ce projet, il faudra d'abord regagner la confiance des peuples. Et les convaincre que l'élargissement aux pays de l'Est ne représente pas une menace pour l'Union. Or un Autrichien sur deux y est opposé. Le gouvernement de Viktor Klima peut toutefois se targuer d'une certaine expérience en la matière. Il y a un an, une majorité de ses compatriotes disait ne pas vouloir troquer leur schilling contre l'euro. Aujourd'hui, ils sont plus de 60% à plébisciter la monnaie unique.

Publicité