Dans le canton de Vaud, dimanche dernier, la majorité de gauche au Conseil d’Etat aurait pu basculer, sauf que trop d’électeurs dits de droite n’ont pas voté. Le PLR et l’UDC ont enregistré respectivement 9000 et 2700 bulletins de moins qu’au premier tour, alors même que ces partis avaient prévenu leurs troupes de l’importance de l’enjeu. En face, la gauche qui risquait gros s’est encore une fois mobilisée et elle a donc gagné. Chapeau! Mais pourquoi, sinon parce que de nombreux électeurs se disant de droite ne le sont en réalité pas vraiment, préférant tacitement une majorité de gauche dans le canton plutôt que d’élire un UDC ou une Vert’libérale.

Rien de centriste ici

La comparaison avec l’avènement d’Emmanuel Macron et le ralliement de la droite jupéiste au nouveau gouvernement permet de comprendre ce qui se passe, ici comme ailleurs. En réalité, une frange des partis de droite, Les Républicains en France, le PLR voire le PDC en Suisse, est mal située politiquement. Partageant avec la gauche son mondialisme culturel et sa complaisance en matière de mœurs, elle était historiquement retenue d’y adhérer en raison de son discours critique envers l’économie et le patronat. L’intuition d’Emmanuel Macron qu’il était temps de faire le lien entre un libéralisme économique traditionnellement de droite et un mondialisme génétiquement de gauche a permis à ces électeurs, jusqu’ici à cheval sur deux camps, de se retrouver enfin à l’aise dans une formation qui leur évite d’être tiraillés entre une droite dont ils ne partagent pas le conservatisme et une gauche dont ils réprouvent l’anticapitalisme. En Suisse, la situation est évidemment différente, mais le phénomène se laisse deviner dans ces nombreux votes où une part de la droite vient épauler la gauche, et aussi dans la structure toujours plus élitaire des électeurs de cette même gauche.

Beaucoup en France ont analysé cette nouvelle donne politique comme un avènement du centre. Pourtant, il n’y a rien de centriste ici, ni en raison d’idées plus modérées ni d’une approche plus consensuelle des débats. Il s’agit plutôt d’une approche transversale, ET de droite ET de gauche, comme l’a dit Emmanuel Macron en campagne. De droite sur le plan économique, droite néolibérale dure pourrait-on même dire, et de gauche sous l’angle du mondialisme culturel et moral, qualifié de progressiste. Le rapprochement de ces deux courants œuvrant ensemble à la disparition de toutes les frontières ne manque d’ailleurs pas de cohérence, mais il serait bienvenu de lui donner un nom, Parti mondialiste par exemple, plutôt que d’user de cette prétention centriste qui endort les foules.

Les Vaudois dans le vrai

Quant à la fin du clivage droite/gauche tant annoncée en France au gré des événements récents, elle signifierait, ce qu’à Dieu ne plaise, la disparition du fait politique. On en est loin et, au contraire, toutes deux peuvent désormais camper plus franchement sur leur fonds de commerce respectif. D’une part, une droite conservatrice, soucieuse d’identité culturelle, souvent chrétienne, attachée à la responsabilité individuelle, rigoriste en économie, souverainiste et moyennement europhile, favorable à une immigration restreinte aux nécessités assumées du droit d’asile.

D’autre part, une gauche d’origine marxiste, anticapitaliste et donc opposée aux multinationales ou aux grands groupes financiers, économiquement assez protectionniste, jouant sur la lutte des classes où le prolétaire se confond désormais avec l’immigré, ouverte à une société multiculturelle, laïque, voire anticléricale… Pour survivre, cette nouvelle droite et cette nouvelle gauche doivent faire taire les clans qui les divisent et jouer sur l’union. Devenues toutes deux minoritaires, ce que les élections législatives françaises viendront confirmer, elles ne peuvent se permettre des divisions contre-productives. A leur petite échelle, c’est ce que les Vaudois ont tenté et, même défaits lors de cette première tentative, ils sont sans doute dans le vrai.