Éditorial

L’avenir est aux festivals fourmis

ÉDITORIAL. Le 36e Cully Jazz Festival affiche une fréquentation record. Dans le même temps, il semble avoir atteint sa taille critique et doit dès lors penser à une stratégie claire s’il veut rester pérenne

Une programmation de qualité et une météo optimale: il n’en fallait pas plus pour que le Cully Jazz s’achève sur un nouveau record de fréquentation. Les spectateurs ont plébiscité tant l’offre payante que gratuite. Car dans la commune de Bourg-en-Lavaux, on a le sens de l’accueil: les concerts du off sont aussi nombreux et qualitatifs que les chasselas qui y sont proposés.

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Ces dix dernières années, la manifestation a connu un formidable essor. Sa situation géographique est forcément pour beaucoup dans son pouvoir d’attraction; les artistes, comme les festivaliers, s’y sentent bien. Une partie du public vient pour la musique, une autre pour l’ambiance. La bourgade viticole est prise d’assaut, et certains se posent cette question: le Cully Jazz ne serait-il pas victime de son succès?

A chacun sa stratégie

Le festival semble avoir atteint une taille critique. Dès lors, que doit-il faire? Agrandir ses espaces d’accueil, augmenter le nombre de concerts, tenter d’attirer des têtes d’affiche plus grandes? Alors que l’offre culturelle est pléthorique en Suisse,  chaque manifestation a sa stratégie. L’Openair Frauenfeld a choisi le gigantisme en passant aux mains du géant américain Live Nation; à Avenches, Rock Oz’Arènes s’est ouvert à la variété et à la techno pour diversifier son public; à Guin, le Bad Bonn Kilbi est devenu «la» référence en matière de musique alternative et de découvertes en gardant une ligne artistique claire. Le défunt For Noise de Pully a, à l’opposé, fait les frais de sa taille moyenne: trop petit pour financer la venue de grosses stars, trop grand pour vendre suffisamment de billets avec une programmation pointue.

Le Cully Jazz est géré par une association à but non lucratif. Pas question d’engager les bénéfices dans un agrandissement ou une surenchère au niveau des cachets. Ses codirecteurs avouent avoir planché sur un plan stratégique à cinq ans, avec comme credo l’amélioration de l’accueil et du confort, tout en mettant de côté les ressources financières nécessaires pour affronter une série d’éditions plombées par une météo maussade. Seule compte la pérennité de la manifestation, dans une optique fourmi plutôt que cigale.

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Le budget de cette édition 2018 a été couvert à 40% par les bars et la restauration, à 30% par la billetterie, à 30% par le sponsoring et les subventions. La clé du succès est là: dans un équilibre entre les sources de revenus, une baisse d’un côté pouvant être compensée par une hausse d’un autre. La stratégie est payante et s’impose comme un modèle à suivre. Encore faut-il que chaque manifestation parvienne à trouver sa taille critique et ainsi assurer sa survie à moyen terme. Sur ce plan, beaucoup se cherchent encore.

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