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L’avenir du climat passe aussi par la place financière suisse

Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz, rédacteurs en chef de «La Revue Durable», mènent campagne pour le désinvestissement de l’industrie des énergies fossiles. Seule une réduction drastique de la production permettra de limiter la hausse des températures

L’avenir du climat passe aussi par la place financière suisse

Rien ne garantit que la très prochaine conférence de Paris sur le climat sera un succès. L’organisation Carbon Action Tracker calcule que les propositions des Etats actuellement sur la table mettent la planète sur une trajectoire de 3 degrés Celsius de hausse de la température, et les politiques réellement menées plutôt sur une élévation de 4 degrés.

Cette situation est tragique. Elle est aussi logique. Tant que les accords négociés ne porteront que sur les émissions de gaz à effet de serre et ne se donneront pas les moyens de limiter aussi l’extraction des combustibles fossiles, ils ne pourront qu’échouer à atteindre les objectifs qui laissent espérer un avenir un tant soit peu accueillant pour l’espèce humaine.

Ne pas toucher à la production sur un problème d’une telle ampleur est sans précédent dans l’histoire de traités internationaux portant sur des sujets complexes. L’idée ne serait venue à personne, par exemple, de ne rien dire sur la production de drogue et de se contenter d’essayer de stopper sa consommation.

Prétendre baisser les émissions sans toucher à la production est une évidente absurdité: une fois extraits, le charbon, le pétrole et le gaz seront brûlés.

Le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 2013, estime qu’il ne faut pas brûler plus de 1000 gigatonnes de CO2 entre 2000 et 2100 pour avoir deux chances sur trois d’éviter une hausse de la température moyenne à la surface de la Terre de 2 degrés. Or, les entreprises fossiles comptabilisent, dans leurs réserves, au-delà de trois fois cette quantité. Et elles continuent d’explorer de nouveaux gisements, par exemple dans l’Arctique.

La conclusion devrait s’imposer d’elle-même: le modèle d’affaires de cette industrie est incompatible avec le maintien d’un climat stable. Pire, les Etats, au lieu de chercher à freiner cette course folle, continuent de l’accélérer. Le Fonds monétaire international calcule que, chaque minute, l’industrie fossile reçoit dix millions d’euros de subventions.

Dans ce contexte, l’organisation 350.org a ouvert une brèche, fin 2012, en appelant les étudiants à demander aux directions de leurs universités de désinvestir leur argent des 200 plus grandes entreprises d’énergies fossiles du monde.

Fin septembre 2015, près de 440 fondations philanthropiques, institutions religieuses, collectivités publiques, fonds de pension et institutions académiques ont déjà annoncé désinvestir totalement des entreprises d’énergies fossiles, ou en partie (du charbon). Ce qui est tout à fait spectaculaire.

L’objectif est triple: diminuer au plus vite les dégâts que ces entreprises font subir à la biosphère, réduire très fortement leur poids économique et mettre fin à leur influence politique nuisible.

La Suisse joue un rôle majeur dans cette affaire. Credit Suisse et UBS se classent douzième et treizième, au niveau mondial, pour le montant de leurs prêts à cette industrie, extraction et centrales électriques. Une étude d’Actares parue en 2014 estime que le portefeuille d’avoirs de six grandes assurances suisses – Swiss Re, Zurich, Bâloise, Vaudoise, Helvetia et Swiss Life – induit neuf fois les émissions directes de CO2 du pays. Et aucune institution suisse, à ce jour, n’a annoncé désinvestir des énergies fossiles.

L’avenir du monde ne se joue pas qu’à Paris. Il se joue aussi dans la lutte quotidienne que les citoyens les plus lucides et les plus courageux mènent sans relâche pour empêcher l’industrie fossile et ses alliés de commettre l’irréparable.

«La Revue durable» organise un cycle de trois conférences publiques, à Lausanne et à Genève, sur le thème du désinvestissement de l’industrie fossile. Premier rendez-vous: 1er octobre, Unil-Dorigny, 18h. Programme complet: www.larevuedurable.com

Il s’agit de mettre fin aux dégâts commis par l’industrie fossile, qui chaque minute reçoit encore dix millions d’euros de subventions

Rédacteurs en chef de «La Revue durable»www.larevuedurable.com

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