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A La Havane, les cérémonies du souvenir ne font que commencer.
© Rolando Pujol/EPA/Keystone

Revue de presse

L’avenir de Cuba s’appelle (entre autres) Donald Trump

Après la mort du «lider maximo», le processus de réchauffement entamé par Barack Obama entre Washington et La Havane se poursuivra-t-il? Rien n’est moins sûr, tant les idéologies politiques sont encore figées de part et d’autre

«La mort de Fidel Castro marque la fin d’une époque dans l’Histoire», selon El Nuevo Herald Digital de Miami, que cite Courrier international. «L’un des plus vieux tyrans du monde a imposé en 1959 à Cuba un changement radical qui a bouleversé la vie économique et politique de l’île et eu des répercussions considérables en Amérique latine et bien au-delà.» Mais maintenant?

Lire aussi: «Une levée de l’embargo? Pas avant 2018»

Lors d’une conférence de presse au Salon du livre de Guadalajara, au Mexique, l’écrivain Mario Vargas Llosa a commencé par juger dimanche que «les structures de domination et de contrôle vont commencer à lentement se fissurer». Si l’écrivain «ne cache pas sa détestation du régime cubain» il espère «que ce processus soit rapide et, surtout, qu’il se fasse en douceur, qu’il n’engendre pas davantage de violence que celle dont le peuple cubain a déjà souffert». D’après lui, il semble «très peu probable que le régime survive à la disparition du dictateur. Car c’est lui qui faisait en sorte que le système soit plus ou moins immobile et qu’il n’évolue pas.»

Le président actuel, Raúl Castro, a bien «franchi quelques étapes pour libéraliser l’économie». Mais si «les Cubains ont pu avoir accès à des téléphones portables et des ordinateurs» et «obtenu le droit de se rendre dans les lieux touristiques jusque-là réservés aux étrangers, d’acheter une maison ou une voiture, et même d’ouvrir un petit commerce», tout cela reste très «théorique vu le coût prohibitif des produits pour des citoyens qui gagnent en moyenne 25 dollars par mois», nuance la revue colombienne Semana, qui évoque – avec un point d’interrogation – un «bon tyran».

Malgré cette progression rapide d’Internet qui ne fait pas elle seule la démocratie, ajoute le site américain Quartz, «le taux de pénétration des nouvelles technologies dans la population dépasse» en réalité «à peine 30% quand il est de 75% aux Etats-Unis». Sans compter que «rationnement et faibles ressources individuelles continuent […] de miner le quotidien des Cubains», aux yeux de The Independent, à Londres. «Maintenant que «Fidel» est parti, ils s’interrogent eux aussi sur ce qui adviendra du modèle cubain.» Et que dit un témoin au journal en ligne britannique? «The people may be poor, but Fidel Castro’s legacy will live on» («Les gens sont peut-être pauvres, mais l’héritage castriste demeurera vivant»).

Même son de cloche auprès de plusieurs experts interrogés par l’Agence France-Presse: «Le socialisme cubain a survécu à la longue maladie de Fidel Castro, il survivra probablement à sa mort», estime Jorge Duany, directeur de l’Institut de recherche cubaine de l’Université internationale de Floride. Et pour Arturo Lopez-Levy, professeur à l’Université du Texas Rio Grande Valley très contesté à La Havane, «la population cubaine est plutôt «conservatrice» s’agissant de la paix sociale, ce qui n’incite pas à imaginer l’émergence de tensions après la mort» du lider maximo.

Et puis il y a l’embargo américain. Et puis il y a le nouvel élément à prendre en compte. Il s’appelle Donald Trump. Lors de sa première déclaration à propos de Cuba depuis son élection, celui-ci a qualifié Fidel Castro de «dictateur brutal» et a promis de faire «tout son possible» pour offrir aux Cubains «la prospérité et la liberté». «Dans un moment aussi sensible pour les Cubains, parler de cette manière montre une formidable incapacité en diplomatie internationale», rétorque l’universitaire Jesus Arboleya, ancien diplomate cubain, sur Cubadebate. Tout indique donc que les relations entre Cuba et les Etats-Unis seront plus tendues sous l’administration Trump que sous celle d’Obama.

En attendant, «faute de la légitimité des armes partagée par les anciens combattants de la guérilla, la relève pourrait faire appel à la caution du patronyme Castro», en favorisant les proches du révolutionnaire disparu, selon Le Monde. «L’élection de Donald Trump […] ne favorise pas l’innovation politique à Cuba, car elle accroît les incertitudes. Comme l’a dit l’écrivain Leonardo Padura […] à la mi-novembre, «les années Obama ont été des vacances pour les Cubains».»

Lire aussi: #ObamaenCuba, la visite numérique historique

Reste que «cela fait 20 ans au moins que Cuba espère la mort de Fidel Castro. Mais personne ne l’aurait admis publiquement». On disait seulement «attendre le Changement», constate Le Journal de Montréal. Alors, entre Washington et La Havane, «peut-on basculer en quelques semaines du réchauffement, qui a pris des années, vers une nouvelle glaciation?» se demande Le Progrès de Lyon.

Qui répond, évasif: «L’imprévu est de rigueur. Un pas supplémentaire vers la détente semble cependant exclu. […] Le plus probable est que l’on reste dans un entre-deux (ni guerre, ni paix) encore pendant une bonne année. Au moins jusqu’en février 2018, date du renouvellement de l’Assemblée nationale cubaine: Raul Castro, qui a rapproché Cuba des Etats-Unis, annonce son départ à cette occasion. […] Trump-Castro, c’était l’affiche rêvée des «grandes gueules». Même à la retraite, Fidel aurait su user de son aura. L’icône décédée, les Cubains ont de quoi se sentir un peu orphelins face au nouvel Oncle Sam.»

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