Nous ne sortirons pas de la guerre dans l’état où elle nous a pris. La folie destructrice, les bains de sang, les exécutions de masse projetés sous nos yeux en direct ont anéanti l’illusion que, selon le mot de Clausewitz, «la guerre [ne serait que] la continuation de la politique par d’autres moyens». Ce qui laisse supposer qu’elle répondrait d’abord à des intérêts nationaux et à une pensée rationnelle. La guerre pourrait ainsi être limitée par une volonté politique ou la répulsion face à la cruauté. Faux, contredit le grand historien militaire britannique John Keegan, dans l’introduction à son Histoire de la guerre*, elle «plonge ses racines jusqu’au plus profond du cœur humain, là où le moi érode la raison, où l’orgueil prévaut, où l’émotion est souveraine et l’instinct roi». Elle révèle la créature sanguinaire qui subsiste dans l’être humain.