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L’avenir de l’innovation suisse passe par l’Arc lémanique

Les deux écoles polytechniques, à Zurich et à Lausanne, doivent devenir les «hubs» de la future «Fondation recherche suisse». Ainsi se concrétisera l’idée d’un Parc suisse d’innovation, lancée par le Zurichois Ruedi Noser. L’objectif est de stimuler la créativité et l’innovation, et de favoriser le transfert de technologies

La Suisse veut se doter d’un parc national d’innovation. Mais où? Et comment? La question agite Berne. L’idée du parc lancée par le conseiller national Ruedi Noser a été reprise par le Conseil fédéral dans le cadre de la révision de la Loi sur l’encouragement de la recherche et de l’innovation. Le parlement va bientôt se pencher sur la question. L’occasion de rappeler ce que peut être un parc de ce type. Et accessoirement, à quoi il peut servir…

L’idée est simple: il s’agit de stimuler la créativité, l’innovation, et favoriser le transfert de technologies. La réalisation de l’idée est moins simple: il faut réunir sur un même site étudiants, chercheurs, entrepreneurs et investisseurs. Objectif: que ces milieux vivent proches les uns des autres, se rencontrent, travaillent ensemble. Et que cette collaboration permette aux chercheurs de créer de nouveaux produits commercialisables. Nous parlons ici d’enjeux majeurs: la Suisse ne disposant pas de matières premières, sa prospérité dépend de sa capacité d’innovation. L’enjeu nous touche tous: en restant compétitifs, nous développons un tissu économique dynamique avec des emplois à haute valeur ajoutée; nous confortons ainsi notre prospérité et notre pouvoir d’achat.

Mais le parc suisse d’innovation est un projet complexe impliquant de nombreux paramètres: il faut une Haute Ecole, des entreprises, un site et… du génie! Le projet est tellement complexe qu’on en oublie qu’il existe déjà! En Suisse romande, sur le site de l’EPFL. Ces dernières années, une ville nouvelle est née dans l’Ouest lausannois. Un lieu où travaillent des milliers d’étudiants et de chercheurs, mais aussi des sociétés de capital-risque, des cabinets de conseil, des PME, et depuis quelque temps des multinationales. Une véritable ruche… Articulée sur trois niveaux: la Haute Ecole proprement dite (avec ses laboratoires), un Parc scientifique (le PSE, qui héberge aujourd’hui 212 start-up), et enfin le Quartier de l’innovation. Ce troisième niveau cartonne: en une année, le sud du campus a accueilli 11 grandes entreprises. Dans la haute technologie (Logitech ou Cisco), la banque (Credit Suisse), mais aussi l’agroalimentaire ou l’automobile: Nestlé Health Sciences y développe l’alimentation du futur pour se soigner en mangeant, et plus récemment, PSA Peugeot-Citroën s’est installée dans l’espoir de rendre nos voitures plus propres.

Ce développement ne se fait pas en vase clos: en prenant le virage des sciences de la vie, en étroite collaboration avec le CHUV, le patron Patrick Aebischer participe activement à la création d’une «Health Valley» dans l’Arc lémanique. Le développement de la haute école attire des entreprises, des emplois à haute valeur ajoutée, et contribue à la diversification du tissu industriel, à la solidité économique de la région. Le «miracle économique vaudois» est en grande partie dû à cela.

Et l’EPFL ne s’arrête pas en si bon chemin. Après l’inauguration du Quartier de l’innovation, d’un hôtel et du Rolex Learning Center, le Quartier nord abrite désormais le plus grand chantier de Suisse romande, avec la construction d’un centre de Congrès d’une capacité de 3000 places, 500 logements pour étudiants, une polyclinique, des restaurants, des commerces… Bref: l’EPFL est plus qu’une haute école. C’est déjà un Parc d’innovation, un poumon économique régional.

Est-ce à dire que le Parc suisse d’innovation existe déjà? Pas encore. Mais au vu de l’avance prise par le site lausannois, il paraît clair qu’il doit être au cœur du futur projet. Et avant de construire ex nihilo un nouveau parc, nous voyons ainsi ce qu’il doit réunir: une haute école (dans l’idéal un campus), des étudiants et des chercheurs de niveau international, et un tissu industriel potentiellement intéressé par ses domaines de recherche.

Deux régions remplissent ces conditions: les agglomérations lausannoise et zurichoise. La fondation qui chapeautera ce Parc doit donc être étroitement associée aux EPF, et solidement implantée sur des terrains proches des deux hautes écoles.

L’idée de Ruedi Noser, soutenue par le Conseil fédéral, consiste à utiliser l’ancien aérodrome militaire de Dübendorf. Cela fait sens: proche de l’EPFZ, proche de Zurich. Et surtout: les EPF sont déjà présentes à Dübendorf avec deux instituts de pointe: l’EMPA (matériaux) et l’EAWAG (eau). En outre, le Conseil fédéral est prêt à céder ce terrain: l’opportunité ne se refuse pas, il paraît donc clair que le futur Parc doit être présent sur place. Mais pour être vraiment efficace et permettre aux deux Ecoles de profiter du projet de lancement du Parc suisse d’innovation, il convient de mettre à disposition de l’EPFZ une partie du terrain, et d’allouer le produit de la vente du reste du terrain à l’EPFL, pour la soutenir dans son développement à Ecublens.

La «Fondation recherche suisse» reposerait ainsi sur deux sites pour le futur Parc suisse. Deux «hubs» principaux qui étendraient leur savoir à d’autres sites de taille plus modeste, comme le fait déjà l’EPFL à Neuchâtel, et bientôt en Valais. Nous aurions ainsi, dans l’idéal à terme, une constellation de sites, un réseau d’excellence et d’innovation sous la supervision de nos deux Hautes Ecoles fédérales.

Le défi est de taille pour la Suisse, mais il est essentiel si nous comptons garder notre place dans le peloton de tête des pays les plus innovants. Reste encore un point important à régler: pour attirer les meilleurs chercheurs, nous devons encourager ces activités de recherche. Des mesures fiscales s’imposent. Notre force d’innovation en dépend. Et donc aussi notre prospérité et notre pouvoir d’achat.

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