Cet été, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a essuyé un échec. Après sept années d'âpres négociations dans ce qu'on appelle leCycle de Doha, l'on a certes enregistré des progrès rapides dans les derniers jours, avant de vivre un arrêt brutal en raison de divergences sur l'agriculture notamment. Cependant, la Conférence parlementaire sur l'OMC, qui vient de se réunir à Genève, a permis de constater que le monde entier est disposé à reprendre le chemin du dialogue.

Ainsi, malgré les difficultés, le succès du Cycle de Doha n'est peut-être pas si éloigné que cela; une percée au début de l'année prochaine est même envisageable. Elle serait particulièrement favorable à la Suisse, dont la bonne santé dépend étroitement des échanges internationaux.

Le commerce international ne cesse de prendre de l'importance. Alors qu'il ne représentait que 10% du PIB mondial en 1970, il en approche désormais du tiers. La libéralisation progressive des échanges a permis cette croissance spectaculaire. L'accès facilité aux marchés étrangers et le développement des économies émergentes ont ouvert la voie à des performances remarquables aux pays qui ont su en saisir l'opportunité. En Corée du Sud notamment, le revenu par tête a été multiplié par un facteur supérieur à 6 entre 1965 et 1990. Bien d'autres nations ont suivi cet exemple. Le taux de pauvreté en Asie de l'Est, le plus élevé du monde avec 80% en 1981, est descendu à 18%, même si d'énormes divergences subsistent.

La Suisse aussi a su saisir les chances de la libéralisation du commerce international. Les exportations de produits et de services représentent un franc sur deux de la richesse produite et cette part croît sans cesse. Ces deux dernières années, la contribution du commerce extérieur à la croissance du PIB suisse a été exceptionnelle. Soulignons en particulier la performance de l'industrie horlogère et de la branche pharmaceutique.

Il n'y a cependant pas besoin d'être une entreprise géante pour exporter. Au total, la Suisse compte environ 40000 PME exportatrices, actives dans la chimie et la pharma, les machines et l'électronique, l'horlogerie, l'alimentaire, les services, les instruments de précision ou encore les matières plastiques. Par les commandes qu'elles confient à des sous-traitants et à des fournisseurs actifs sur le marché suisse, les entreprises exportatrices sont le moteur de la croissance et de la richesse de notre pays. Elles contribuent ainsi largement au financement de secteurs comme l'agriculture, la formation ou la santé.

Pour une économie comme la nôtre, fortement imbriquée dans l'économie mondiale mais représentant à peine 2% du commerce international, les réglementations mises au point à l'OMC sont indispensables. Le système commercial multilatéral crée des conditions-cadres stables et contraignantes qui protègent ainsi les acteurs économiques des petits pays comme la Suisse du protectionnisme et de la discrimination. En place depuis 1995 mais ayant pris le relais d'un système commercial mis au point dès 1948, l'OMC coordonne les règles multilatérales régissant les échanges de marchandises et services, offre un forum de négociations et règle les éventuels différends entre les pays.

Pour la Suisse, les accords de l'OMC représentent donc la meilleure manière d'organiser l'ouverture des marchés puisque les règles qui y sont négociées s'appliquent aux plus de 150 pays membres. Mais pour faire face au retard pris actuellement par les négociations multilatérales, il est nécessaire de développer en parallèle d'autres formes de libéralisation du commerce, en particulier les accords bilatéraux ou régionaux de libre-échange. Plus de 200 accords de ce type ont déjà été notifiés à l'OMC. Beaucoup de pays, dont la Suisse, poursuivent ainsi une intégration plus soutenue avec leurs partenaires privilégiés, y compris dans des domaines comme les investissements, qui ne sont pas concernés par le Cycle de Doha. Il en résulte une toile d'accords de libre-échange, complexe et diversifiée.

Selon Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, une conclusion des négociations actuelles pourrait générer un revenu de 130 milliards de dollars. C'est dire le potentiel de la libéralisation des échanges. Il ne faut donc pas s'arrêter à l'échec de cet été. La Suisse doit poursuivre son engagement au niveau multilatéral en faveur d'une diminution des droits de douane et des obstacles non tarifaires au commerce. Il est aussi essentiel d'améliorer enfin sensiblement l'accès mutuel au marché pour les services. Rappelons que le secteur tertiaire génère plus des deux tiers du PIB réel en Suisse.

En complément, la Suisse doit développer son réseau d'accords de libre-échange. Une rapide conclusion d'un accord avec le Japon et avec les Etats du Golfe constituerait une avancée majeure pour notre économie. Priorité doit aussi être donnée à l'ouverture des négociations avec les pays du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Enfin, il est indispensable de poursuivre progressivement les réformes internes à la Suisse afin de concilier plutôt que d'opposer la politique agricole et la politique économique extérieure.

Depuis longtemps, les entreprises suisses ont su saisir les chances offertes par la libéralisation du commerce. Si elles veulent pouvoir signer, à l'avenir aussi, de nouveaux records historiques en matière de commerce extérieur, elles doivent pouvoir accéder aux marchés dans le monde entier sans devoir franchir des obstacles inutiles. Ce défi ne peut être relevé qu'avec une double détermination: en Suisse et dans le cadre des organisations internationales.

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