Six mois après avoir accueilli le sommet Biden-Poutine, voici la Cité de Calvin de nouveau choisie par Washington et Moscou pour une rencontre, le 10 janvier 2022, autour d’un sujet brûlant: le sort de l’Ukraine. Un Etat européen jeune et proche de nous – Kiev est à moins de trois heures d’avion de Genève – où se jouent aujourd’hui la stabilité de l’Europe et le devenir d’une fracture Est-Ouest que l’on croyait abolie par la chute de l’URSS il y a trente ans.

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Aux yeux du président Poutine, la réunion de Genève constitue une victoire diplomatique: celle de sa stratégie de pression maximale sur l’OTAN et sur Kiev. La crise majeure qui menacerait l’architecture de sécurité européenne au cas où la guerre éclatait en Ukraine contraint les Américains à écouter le Kremlin. La méthode russe est aussi négationniste que conquérante, comme le prouve la dissolution mardi par la justice moscovite de l’association Mémorial, fondée en 1988 pour enquêter sur les crimes du communisme.

Un double objectif pour Moscou

En attisant les flammes de la guerre dans le Donbass, cette région de l’Ukraine dont les habitants vivaient en paix, Moscou poursuit un double objectif. Il s’agit d’empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, puisque son traité prévoit qu’un pays en conflit sur son propre territoire ne peut la rejoindre. Vladimir Poutine cherche aussi à détourner l’attention internationale du sort de la Crimée, cette péninsule ukrainienne qui, annexée illégalement par les Russes début 2014, leur offre un contrôle géopolitique crucial en mer Noire.

Le forcing russe, les craintes européennes, le jeu américain: il y aura tout cela à Genève le 10 janvier, alors que l’avenir de Kiev occupe les esprits plus intensément depuis deux ans. Il y aura plus important encore: le destin des Ukrainiens. Ecarté de la table des négociations par Moscou, frustré par l’allié américain qui l’informe souvent après coup des avancées diplomatiques concernant Kiev, le président Volodymyr Zelensky a réussi à convaincre ses alliés d’écouter ce que les Ukrainiens ont à dire. A ce titre, la deuxième semaine de janvier sera déterminante pour Kiev. Un sommet OTAN-Russie a lieu au lendemain de la rencontre de Genève.

Par tous les moyens

La réunion du Conseil permanent de l’OSCE, le seul forum européen portant sur la sécurité auquel Kiev puisse participer, se tiendra le 13 janvier. L’occasion peut-être de peser, même un peu, sur le cours d’une histoire que Moscou cherche à écrire toute seule et par tous les moyens. Et de connaître un autre sort que celui de l’Afghanistan, ce pays dont l’avenir avait été discuté, sinon scellé, dans les mêmes coulisses genevoises et par les mêmes acteurs russes et américains au mois de juin dernier. Soit deux mois avant un retrait apocalyptique dont les Afghans paient aujourd’hui seuls l’amère addition.


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