éditorial

L’aventure d’un gouvernement de novices

A Genève, la législature finissante laisse un goût d’inachevé. Le manque de maîtrise s’est fait sentir dans plusieurs dossiers, dont celui du développement urbain

Pour les trente et un qui se sont officiellement déclarés candidats au Conseil d’Etat genevois, la course est lancée depuis ce lundi, dernier délai pour le dépôt des listes auprès des autorités. Le 15 avril puis le 6 mai, les Genevois se choisiront un nouveau parlement puis un gouvernement.

Les ambitions gouvernementales peuvent officiellement s’afficher. D’autant plus que, dans des dossiers importants comme la réforme de la caisse de pension des fonctionnaires et le développement du Grand Genève, l’équipe actuelle a connu des ratés. Paradoxalement, ces erreurs de novices devraient donner droit à une seconde chance à ceux qui les ont commises.

La législature qui se termine laisse un goût d’inachevé. Il y a eu des succès. La dette du canton reste lourde (13 milliards) mais elle ne s’est pas envolée, malgré d’importants investissements pour rattraper le retard accumulé dans le domaine pénitentiaire. Plusieurs grands projets culturels ont enfin été lancés. L’économie genevoise sait toujours créer des richesses pour assurer des prestations sociales de qualité à la population. Sous l’impulsion du conseiller d’Etat PLR François Longchamp, les relations entre le canton et les communes ont commencé à être revues, plusieurs tâches à être redistribuées.

Trams et logements

L’essentiel a donc été préservé. Mais ce gouvernement n’a pas su construire à la hauteur des attentes. Un manque de maîtrise s’est fait sentir dans plusieurs dossiers, notamment les transports et l’urbanisme. C’est ici qu’il faut rappeler que François Longchamp était le seul membre du Conseil d’Etat à avoir effectué une législature complète avant l’élection de 2013.

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Alors que le gouvernement précédent (2009-2013) a inauguré une orgie de nouvelles lignes de tram, aucun rail n’a été posé depuis. Le canton ne construit toujours pas les 2500 logements annuels nécessaires pour ne pas devoir exporter ses citoyens en France voisine. Pire: les deux conseillers d’Etat chargés de ces questions clés (Luc Barthassat et Antonio Hodgers) semblent avoir travaillé en ignorant ce que faisait l’autre, si bien que nouveaux quartiers et nouvelle offre de transports ne sont pas coordonnés. Un développement harmonieux de la métropole genevoise figurait parmi les objectifs prioritaires de ce gouvernement. S’il se fait, c’est malgré les élus.

Genève, ce territoire ouvert sur le monde et dépendant des échanges qu’il peut avoir avec lui, ne peut pas se payer le luxe d’une nouvelle législature «pour voir». Ce printemps, il faudra choisir des femmes et des hommes d’expérience, sans céder au goût de l’aventure que représenterait un nouvel afflux de novices.

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