Editorial

L’avertissement de Martine Aubry à Manuel Valls

Les affrontements de personnes sont la réalité quotidienne de la politique. Nul doute, donc, que Martine Aubry a bien en tête les conséquences de son intervention sur l’actuelle majorité, même si ses intentions demeurent floues.

L’ancienne patronne du PS français, hyperpopulaire à gauche et dotée d’un caractère bien trempé, n’a d’abord jamais apprécié les compromis permanents de François Hollande, contre lequel elle perdit les primaires d’octobre 2011. L’ancienne ministre de l’Emploi de Lionel Jospin, qui porta le dossier des 35 heures, est en plus de longue date en compétition avec Ségolène Royal – l’ex-candidate du PS à la présidentielle de 2012 –, à laquelle elle avait ravi la place de secrétaire général du parti en 2008, à l’issue d’un scrutin interne très serré et controversé. Impossible, par conséquent, de ne pas voir dans son intervention dominicale et dans sa mise en garde contre «les vieilles recettes libérales» un rappel à l’ordre adressé à l’Elysée et à son très impopulaire locataire. Manière de signifier qu’elle ne le laissera pas impunément «gâcher» le quinquennat.

L’autre cible de l’offensive aubryste est toutefois davantage Manuel Valls. Fort, depuis le 16 septembre, de la confiance renouvelée de la majorité, le premier ministre s’emploie à faire passer en force un premier train de réformes sociales-libérales, dont le nouveau ministre Emmanuel Macron est le fantassin. Valls, qui ne se prive pas de faire l’éloge du «réaliste» Clemenceau, retrouve en quelque sorte devant lui une Martine Aubry prompte à jouer les Jaurès, contre lequel le «Tigre» lâcha un jour: «Vous n’êtes pas le socialisme à vous tout seul. Vous n’êtes pas le bon Dieu!»

Gare, toutefois, aux clichés. Martine Aubry, héritière de Pierre Mauroy à Lille, n’est pas pour autant une égérie d’un socialisme recroquevillé et étatiste. Elle connaît le secteur privé et a su gagner le respect des patrons. Elle ne nie pas le besoin de réformes. Son approche est affaire de style. Son socialisme est celui des militants, des fédérations, de l’expérience municipale. D’où son appel à ne pas exclure les «frondeurs», dans le collimateur de Matignon.

Simultanément, l’élue nordiste est aussi le porte-parole d’une génération inquiète: celle des sexagénaires, que Valls bouscule avec moins d’égards qu’un Arnaud Montebourg. L’actuel chef du gouvernement français ne représentait, lors des primaires, que 6% des voix. Un score qui, pour Martine Aubry, devrait l’inciter à plus de dialogue. Et à plus d’humilité.