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William Gadoury, 13 ans, présente un exposé en avril 2014. 

Médias

L’aveuglant mirage de la cité maya

Quelques jours après avoir relayé la prétendue découverte d’une cité précolombienne par un jeune prodige québécois, la presse a fait marche arrière. Histoire d’un emballement médiatique

On l’a d’abord présentée comme une «extraordinaire découverte», une «avancée majeure» pour la science, la voilà reléguée au rang «d’histoire aberrante», selon Le Monde. Une constellation, un jeune prodige et une cité perdue: il n’en fallait pas plus pour provoquer un emballement médiatique. L’histoire était belle, on y a cru. On réalise aujourd’hui que la prétendue cité maya baptisée «Bouche de feu» par son découvreur, un jeune Québécois de 15 ans, n’est probablement qu’un mirage.

Tout commence samedi dernier, par les déclarations fracassantes du Journal de Montréal. Il annonce que William Gadoury, sacré nouvelle vedette de la NASA, «a découvert une cité maya jusque-là méconnue grâce à sa théorie selon laquelle cette civilisation choisissait l’emplacement de ses villes selon la forme des constellations d’étoiles». L’information circule immédiatement dans le monde entier. Les sites, les chaînes télévisées et les journaux s’en emparent. La diffusion est rapide, brute et sans retenue.

De la poudre aux yeux

Mais la rumeur s’essouffle aussi vite qu’elle grandit. Info ou intox? Petit à petit, le doute s’installe. Le site arretsurimage.net pointe des incohérences: les sources se révèlent invérifiables, les experts cités n’ont pas de réelle formation archéologique. Les images satellites, qui montrent des «formes géométriques, comme des carrés ou des rectangles», ne convainquent plus. Plus étrange encore, le tabloïd québécois accompagne son article d’un appel aux dons pour financer le voyage du jeune adolescent au Brésil pour un congrès scientifique. Finalement, le conte de fée grandeur nature se heurte au discours rationnel des scientifiques. Et l’histoire fait plouf.

«Quand la junk science rencontre internet»

«Les Mayas étaient-ils des crétins?», tacle le très sérieux magazine en ligne Ciel et Espace, qui hésite entre «consternation et franche rigolade». En lieu et place d’une pyramide maya, l’archéologue slovène, Ivan Sprajc, sollicité par Wired, voit un «champ de maïs abandonné» ou un «petit lac asséché» tout au plus. Quand «la junk science rencontre Internet», le retour à la réalité est brutal. «Cette histoire commence à nous fatiguer! Tout est faux. Tout!», s’énerve l’archéologue et enseignant Eric Taladoire, interrogé dans Le Figaro. «La presse a foncé sans vérifier quoi que ce soit…» Le site Rue 89 déplore quant à lui une «déroute planétaire du journalisme scientifique»: «Qu’il ne se soit pas trouvé, dans la presse mondiale, assez de sentinelles pour s’opposer immédiatement à la propagation des élucubrations du jeune William Gadoury, qui a imaginé que les Mayas construisaient leurs cités en se calquant sur les dessins des constellations, est accablant pour cette presse».

Rétropédalage

Les médias, il est vrai, n’en mènent pas large. «Comment un petit gars du Québec aurait-il pu trouver l’une des cinq plus grosses cités mayas au nez et à la barbe des archéologues, historiens et autres spécialistes de cette civilisation précolombienne?», reconnaît le site Clubic après avoir diffusé l’information sans la vérifier. Sur Twitter, l’histoire rocambolesque amuse les internautes. «Moi aussi je veux découvrir des pas-de-cités maya et avoir ma tronche dans les journaux», twitte une jeune fille.

Aussi insolite soit-elle, l’anecdote révèle la fascination exercée par les Mayas. À l’instar d’autres civilisations précolombiennes ou des Egyptiens de l’autre côté du globe, ils ne cessent d’alimenter les passions. Et l’Eldorado présumé charrie son lot de fantasmes et de mythes. Il y a cette cité secrète qu’on rêve de dénicher, tapie sous un épais manteau de forêt vierge. Ou encore cette fin du monde qu’on nous a maintes fois annoncée. Enivrée par le nuage de pyramides scintillantes, obsédée par le buzz, la presse en oublie les règles les plus élémentaires du journalisme à savoir la vérification des sources. Elle bégaie, annonce puis se rétracte. Le tout à vitesse grand V, Internet oblige.

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© Gabioud Simon (gam)