Le canton de Zurich a bouclé ce week-end la ronde des élections législatives cantonales. A six mois des élections fédérales, ce scrutin avait valeur de test: en tant que plus grand canton de Suisse, Zurich dispose de la plus importante députation au Conseil national (34 sièges sur 200). D'un côté, le scrutin zurichois confirme la tendance générale observée au cours des quatre dernières années: les Verts sont le parti qui monte, alors que l'UDC semble avoir atteint un point de saturation dans les cantons où il est le plus fort; sa marge de progression se limite désormais à quelques cantons - essentiellement romands. D'un autre côté, la déconfiture subie lors de ce scrutin par le Parti socialiste constitue un phénomène atypique - mais néanmoins lourd de conséquences.

Selon notre indice de la force des partis dans les parlements cantonaux, qui corrige les différences de taille des cantons, les Verts poursuivent leur ascension et sont les principaux vainqueurs des élections cantonales des quatre dernières années (voir graphique ci-contre): leur force électorale a augmenté de 3,1% entre 2003 et 2007 (de 5,9% à 9%). De son côté, l'UDC est devenue le parti le plus fort dans les cantons suisses, avec 22,8% des sièges parlementaires, mais sa croissance s'est fortement ralentie: après les formidables gains engrangés entre 1995 et 1999 (près de 4%) et entre 1999 et 2003 (près de 5%), l'UDC a gagné seulement 0,3% de nouveaux sièges entre 2003 et 2007.

Deuxième parti dans les parlements cantonaux, le Parti socialiste suivait l'UDC de très près, jusqu'aux élections zurichoises du week-end dernier, qui lui coûtent cher: perte de 1,4% des sièges sur l'ensemble de la période (de 22,5% en 2003 à 21,1% en 2007).

Le recul est encore plus sévère pour le Parti radical: longtemps le parti le fort dans les cantons, le Parti radical décline depuis 1995 et subit à nouveau les plus lourdes pertes entre 2003 et 2007 (-2,1%). Le Parti démocrate-chrétien semble en revanche être parvenu à enrayer son déclin et termine la législature sur un score quasiment inchangé, à 16,8%.

Après une décennie de montée en puissance, l'UDC marque donc le pas. Pour mieux comprendre ce phénomène, il faut distinguer deux types de cantons: d'un côté, les cantons dans lesquels l'UDC était déjà très forte en 2003, c'est-à-dire les cantons dans lesquels elle détenait plus de 20% des sièges parlementaires (Argovie, Bâle-Campagne, Berne, Glaris, Grisons, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Thurgovie, Zoug et Zurich); de l'autre côté, les cantons dans lesquels l'UDC était encore faible ou relativement faible (tous les cantons latins, ainsi que Bâle-Ville, Nidwald, Obwald, Soleure, Schwyz et Uri). Dans le premier groupe de cantons, l'UDC a stagné, voire a régressé dans certains cas, si bien que sa force électorale globale dans ces cantons a diminué depuis 2003 (de 30,7% en 2003 à 28,9% en 2007). A l'inverse, l'UDC a sensiblement progressé dans les cantons dans lesquels elle n'était pas - ou peu - implantée en 2003. Dans ce deuxième groupe de cantons, l'UDC a connu une augmentation de plus de 3% des sièges parlementaires entre 2003 et 2007 (de 9,7% à 13,2%).

De son côté, le Parti socialiste a gagné des sièges dans plusieurs cantons (surtout en début de période) et perdu des sièges dans d'autres (surtout en fin de période). Nulle part le Parti socialiste n'a cependant perdu autant qu'à Zurich (recul de près de 10% en sièges!), où la triple concurrence des Verts, des Verts libéraux et des Alternatifs - conjuguée au changement de système électoral - lui a été fatale.

L'évolution de la force des autres partis ne présente pas de tels contrastes d'un canton à l'autre: les Verts ont progressé dans tous les cantons ou presque; à l'inverse, les radicaux ont subi des pertes dans presque tous les cantons - et en particulier en Suisse romande.

Notre indice de la force des partis n'offre pas seulement une image précise des rapports de force politiques existant dans les cantons, mais il permet aussi de dégager des tendances en vue des élections fédérales d'octobre prochain. Ces tendances sont résumées dans le tableau ci-contre. Le baromètre est clairement à la hausse pour les Verts et nettement à la baisse pour le Parti radical, ainsi que pour le Parti socialiste - en admettant que sa déconvenue zurichoise ne soit pas un simple accident de parcours. Les pronostics sont plus nuancés pour l'UDC et pour le Parti démocrate-chrétien. Ce dernier devrait se maintenir ou en tout cas parvenir à contenir ses pertes: même s'il se redresse dans certains de ses bastions traditionnels, il est toujours à la peine dans les cantons urbains et non catholiques. Enfin, il existe encore un potentiel de croissance pour l'UDC, mais il est limité. D'abord, ce parti semble avoir atteint son apogée dans un grand nombre de cantons. Ensuite, les cantons dans lesquels l'UDC peut encore espérer gagner des voix représentent moins de 40% de l'électorat. De plus, il est peu probable que l'UDC y obtienne des scores aussi élevés que dans ses fiefs.

Cela étant dit, il est temps de mettre en garde contre toute tentative de projection abusive: les résultats des élections cantonales ne peuvent pas être directement transposés, à la décimale près, aux résultats des élections au Conseil national. D'abord, parce que dans six petits cantons les élections cantonales ont eu lieu il y a déjà trois ans - dans d'autres cantons il y a un ou deux ans - si bien que les changements récents ne sont pas pris en compte dans notre indice.

Ensuite, parce que le système électoral n'est pas le même dans les cantons et au niveau fédéral, et parce que «l'offre électorale», c'est-à-dire les partis qui se portent candidats à l'élection dans chaque canton, diffère également d'un niveau à l'autre.

Enfin, et surtout, parce qu'aux deux niveaux les campagnes électorales possèdent des caractéristiques spécifiques. Ainsi, les élections fédérales sont caractérisées par une campagne électorale de plus en plus nationale, alors que les élections cantonales ont un caractère local naturellement plus marqué, même dans des grands cantons comme Vaud ou Zurich. Dans ce sens, notre indice de la force électorale des partis dans les parlements cantonaux peut certainement compléter les résultats tirés de sondages d'opinion nationaux, mais ne peut pas les remplacer.

Collaboration: Daniel Bochsler, assistant de recherche au Département de science politique de l'Université de Genève.

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