Le climat est à la réglementation. A la réglementation sous le coup de l’émotion. La semaine dernière, les Représentants américains votaient un impôt spécial pour taxer à 90% les bonus versés à des cadres d’AIG, le géant de l’assurance sauvé de la faillite grâce à l’argent des contribuables. Jeudi, la France annonçait interdire dès la semaine prochaine l’attribution de bonus et de stock-options aux dirigeants des entreprises aidées par l’Etat.

Il y a eu des abus, mais pas seulement. Le débat a quitté le terrain de la rationalité, il faut couper des têtes. Mais ce n’est pas avec ce type de démarche qu’on résout la crise.

Dans un long discours prononcé hier à Washington, Tim Geithner a pris de la hauteur et jeté les bases de la future – et sévère – «régulation financière» américaine, donc mondiale. Critiqué ces dernières semaines pour son inaction, le secrétaire au Trésor a repris l’initiative. Lundi déjà, il avait détaillé son programme de soutien aux banques, plutôt bien accueilli. Le voilà qui éteint l’incendie, et prépare les plans de la future maison de la finance.

Cette volonté de reprendre le leadership intervient une semaine avant la tenue du sommet du G20, à Londres. Elle est aussi clairement affichée dans le texte de Barack Obama publié ces jours dans la presse, dans lequel le président américain fixe les objectifs de cette réunion: «Stimuler la croissance, stabiliser et réguler la finance.»

Sur ce dernier point, Tim Geithner fait preuve de beaucoup de bon sens. Il veut unifier une surveillance jusqu’ici dispersée, ou s’assurer qu’elle couvre les bons acteurs. Il faudra encore que cette réorganisation n’ajoute pas d’étages à un édifice déjà trop complexe, mais qu’elle réaménage les espaces existants.

Les Etats-Unis n’oublient pas la chasse aux «paradis fiscaux». Ce n’est qu’un détail du plan Geithner et qu’une petite partie des problèmes que rencontre l’économie mondiale. Pour l’heure, hélas, cette question est le seul point d’entente des dirigeants du G20. S’ils s’en contentaient le 2 avril, ils signeraient l’échec de leur réunion. Tout autant qu’une inquiétante absence de leadership.