Alors que le projet de Chavalon, en Bas-Valais, est enlisé dans les procédures de recours, celui de Cornaux, près de Neuchâtel, prend son envol. Les centrales à gaz font leur apparition en Suisse dans un contexte de fort scepticisme. Celui des écologistes et d’une partie de la gauche, qui ne veulent pas troquer l’abandon du nucléaire contre une augmentation des émissions de CO2, vient immédiatement à l’esprit. Mais il y a d’autres réticences plus discrètes. Celles du lobby nucléaire qui pense, en ralentissant le processus de transformation de la politique énergétique, donner sa chance, une fois l’effet Fukushima oublié, à une nouvelle génération de réacteurs nucléaires. Plus étonnante est l’opposition de certains électriciens. Le groupe zurichois Axpo ne s’intéresse guère aux projets de centrales à gaz concentrés sur le territoire romand comme l’est aujourd’hui le nucléaire en Suisse alémanique. Le soleurois Alpiq laisse l’un de ses actionnaires minoritaires, romand, gérer le dossier Chavalon. L’élan est freiné à cause du renversement de tendance du marché de l’électricité. Il y a aussi de la lassitude suite aux hésitations politiques sur le prix de la compensation des émissions de CO2. Du côté de Berne, FMB Energie a jeté l’éponge et gelé un petit projet de centrale à gaz. Bref, il y a de l’eau dans le gaz.

Ce pessimisme ambiant est de mauvais augure, car qui ne tente rien n’a rien. La Suisse, qui a pris l’habitude, sur les dossiers épineux, de réfléchir aussi longtemps que le consensus n’apparaît pas, va rater le virage énergétique si elle agit de la sorte. Il est facile de refuser les centrales à gaz parce qu’elles polluent, de rejeter les éoliennes trop bruyantes qui dérangent les oiseaux, de condamner les panneaux solaires dont l’énergie produite est trop coûteuse pour l’industrie, de s’opposer à la surélévation des barrages hydrauliques à cause de l’emprise des lacs artificiels. Et tout cela accompagné d’un refus des économies d’énergie, souvent perçues, à tort, comme une réduction de confort ou de productivité. Le recours au gaz pour produire de l’électricité en zone industrielle avec un fort potentiel de récupération de chaleur, sur le modèle du projet de Cornaux, est pourtant, provisoirement, la moins mauvaise solution pour fournir de l’énergie non nucléaire disponible en tout temps et en grande quantité. Mais rien n’empêche, tout en laissant se développer le projet, de réfléchir à un changement progressif de mode de vie. ö Page 15

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