Quel immense gâchis. Après plus de quinze ans de discussions, le Conseil fédéral a tiré la prise de l’accord institutionnel avec l’Union européenne. Ce n’est même pas une suspension pour tenter de rebondir ultérieurement, c’est la fin unilatérale de négociations appelées à régler, durablement, les relations avec Bruxelles.

Se voulant rassurant, le président de la Confédération, Guy Parmelin, parle de nouveau départ, mais cela ressemble plutôt au début du blocage et à un avenir incertain. Ne soyons pas dupes, Bruxelles ne fera aucun cadeau à la Suisse et les mesures de rétorsion ne vont pas tarder. L’UE n’accordera désormais plus à la Confédération la reconnaissance mutuelle des produits médicaux dans le cadre de l’accord sur les entraves techniques au commerce. Les conséquences seront également dramatiques dans les domaines de la recherche et de la formation.

L'annonce du 26 mai: L’accord-cadre avec l’UE est abandonné, reste un champ de ruines 

La Suisse demanderesse

Cet échec est avant tout celui du Conseil fédéral. Rappelons que c’est la Suisse qui avait demandé un tel accord. Les premières discussions entre Micheline Calmy-Rey et la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner ont commencé en 2005 et les négociations à proprement parler en 2013. Pas moins de trois ministres et 5 secrétaires d’Etat se sont succédé, ce qui pose clairement les questions de la continuité et de la fiabilité.

A lire: Suisse-UE: petite histoire d’un grand désaccord institutionnel

Au départ, les voyants étaient au vert. Puis, en 2018, c’est l’heure de la grande confusion et le début de la fin. L’ancien secrétaire d’Etat Roberto Balzaretti rentre de Bruxelles avec un accord. Mais la majorité du Conseil fédéral considère qu’il est allé trop loin et refuse de parapher le texte.

L’une des principales raisons de ce revers? Le gouvernement n’avait, dans un premier temps, pas suffisamment pris au sérieux la revendication des syndicats sur la protection des salaires. L’alliance de l’UDC et de la gauche a affolé le collège. Divisé, le Conseil fédéral n’a jamais parlé d’une seule voix et a manqué de leadership. Ignazio Cassis n’a pas réussi à s’imposer. Cet échec est aussi celui du ministre des Affaires étrangères qui, lors de son élection au Conseil fédéral, avait promis un «reset» sur la question européenne. Le «reset» s’est transformé en flop. Ses tergiversations incessantes ont déstabilisé ses collègues et le monde politique suisse.

Eviter le Swissexit

Que va-t-il se passer désormais? Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour éviter une escalade avec l’Union européenne. Guy Parmelin a appelé à un dialogue constructif. Pour dépasser le déclaratif, il faut du concret, comme par exemple un dégel du milliard de cohésion et une adaptation des lois suisses au droit européen, chaque fois que c’est possible. Il s’agit de rétablir la confiance avec Bruxelles, mais aussi avec les Etats européens. Espérons que l’UE évite, de son côté, de multiplier les sanctions et les vexations, au risque de renforcer durablement les anti-européens. L’heure est grave, il faut éviter un Swissexit.


Pour poursuivre sur le sujet