Le tableau dépeint, ici ou là, de la situation post-électorale en Allemagne est sombre. L’héritage d’Angela Merkel? Réduit en poussière par le rude échec électoral de son parti. Le paysage politique sorti des urnes dimanche? Fragmenté comme jamais dans l’histoire de la République fédérale. Le temps nécessaire à la formation d’une coalition gouvernementale? Si long que la chancelière sortante prononcera peut-être encore l’allocution du Nouvel An. La stabilité allemande au service de l’Europe? Les négociations à venir à Berlin risquent au contraire de renvoyer aux calendes grecques les chantiers communautaires…

Lire aussi: Tina Hildebrandt: «C’est un paradoxe. Les Allemands ont voulu du changement et de la stabilité»

76% de votants

Pourtant, la démocratie allemande se porte très bien et des indicateurs permettent de s’en rendre compte. Plus de 76% des citoyens ont participé au scrutin. En Suisse, lors des dernières élections fédérales en 2019, le taux était de 45%. Les forces extrémistes et, pour partie, antidémocratiques n’ont pas progressé. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui faisait une entrée fracassante au Bundestag il y a quatre ans dans le sillage de la crise migratoire, recule de 12,6 à 10,3%. Die Linke, formation héritière du Parti communiste de l’ex-RDA, s’effondre de 9,2 à 4,9%. Certes, la fragmentation du paysage politique s’est accentuée, comme cela s’était déjà manifesté dans d’autres démocraties. Mais certains de ces partis, parfois diamétralement opposés sur d’importantes questions programmatiques, seront condamnés à s’entendre pour former la prochaine coalition.

Lire également: Le parti d’extrême droite AfD reste très populaire à l’est de l’Allemagne

Le débat, calme et respectueux

Malgré les turpitudes post-électorales du moment, l’Allemagne fait ainsi figure de roc. Cette république bâtie sur les ruines du Troisième Reich a intégré les exigences profondes du jeu démocratique. Elle a vu celles et ceux qui aspirent à la gouverner débattre de manière calme et respectueuse, argumenter – la plupart du temps – sur la base de faits, et, par-dessus tout, accepter le résultat de l’élection.

Lire encore: Libéraux et écologistes, ces nouveaux faiseurs de chancelier

A Washington, le Capitole était envahi il y a moins de dix mois. A ce jour, le prédécesseur de Joe Biden ne reconnaît toujours pas sa défaite. A Londres, le premier ministre fait feu de tout bois, reprenant un jour ce qu’il avait promis la veille. A Paris, un second tour à la prochaine élection présidentielle pourrait à nouveau compter avec la présence d’une représentante de l’extrême droite. Dans un tel monde, Berlin ferait presque figure d’exception. C’est cela qui doit nous inquiéter. Mais la démocratie allemande se porte très bien, merci pour elle.