La presse romande est en crise. L’économie de plateforme et les nouvelles habitudes de consommation menacent la diversité et la qualité de l’offre d’information. En une décennie, la presse suisse a perdu la moitié de ses revenus publicitaires au profit des géants du web. Conséquence de la concurrence de ces nouveaux acteurs mondialisés, des restructurations ont déjà mené à la disparition de titres, à des regroupements de rédactions, à des fusions, à des licenciements. Les modèles économiques développés par les grandes firmes qui dominent les marchés du numérique basés sur la gratuité et l’exploitation éhontée des contenus mettent les entreprises médiatiques en grande difficulté.

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Comment sauver la presse, garante du bon fonctionnement de notre démocratie et de la cohésion sociale? Des initiatives se multiplient dans les milieux politiques et économiques, ainsi que dans la société civile pour réguler le paysage médiatique suisse et proposer des moyens d’aider la presse. Le renforcement de l’aide publique à la distribution de journaux est l’objet d’un large consensus, tandis que la révision de la loi fédérale sur le droit d’auteur et les droits voisins est actuellement âprement débattue au parlement suisse. Il s’agit d’introduire dans la législation l’obligation de rémunérer les créateurs de contenus (éditeurs de presse, journalistes) lors de la réutilisation de leur production par les agrégateurs d’information (Google) et les réseaux sociaux (Facebook). L’issue du débat est encore incertaine.

Recul de la presse gratuite

Cependant, que vaudrait une presse prospère et de qualité sans lecteurs? On ne semble pas avoir pris la mesure de la désaffection des jeunes pour la presse et de ses conséquences à long terme. La jeunesse délaisse la presse pour s’informer au profit des plateformes numériques, Google et les réseaux sociaux en tête. Un récent sondage a révélé que seuls 17% des jeunes font confiance aux journalistes en matière de politique (Moniteur politique easyvote 2017), en dernière position de la liste.

La forte croissance du groupe de personnes privées d’informations de qualité est un problème important pour notre démocratie

Plusieurs études permettent de mettre en évidence ce mouvement de désintérêt. Selon l’étude James (Jeunes Activités Médias Enquête Suisse, ZHAW) la lecture de la presse gratuite a dégringolé de 49% en 2012 à 21% en 2018, alors que celle des revues passait de 20 à 7%. Chez les 18-19 ans, 86% utilisent les moteurs de recherche et 53% les réseaux sociaux pour s’informer. La non-consommation des médias est très révélatrice, 53% ne consultent pas de gratuits, 69% pas de quotidiens payants, 62% pas de sites de journaux en ligne.

Une population sous-informée

Une autre étude devrait nous alerter: l’institut de recherche fög de l’Université de Zurich (annales 2018 sur la qualité des médias) a mis en évidence que les personnes sous-informées («indigents médiatiques») représentent aujourd’hui 36% de la population suisse, alors qu’elles étaient encore 21% il y a une décennie. Ce groupe représente plus de la moitié (53%) des 16-29 ans. Ces personnes se caractérisent par le peu de temps consacré à s’informer, le goût pour les nouvelles qui leur procurent de l’émotion et l’usage soutenu des réseaux sociaux.

Piètre résultat après onze années de scolarité obligatoire! La forte croissance du groupe de personnes privées d’informations de qualité est un problème important pour notre démocratie. Ces personnes sont davantage susceptibles d’être manipulées ou de retransmettre des informations fallacieuses que d’autres catégories de la population. L’école publique, qui accueille tous les enfants pendant de longues années, constitue le lieu privilégié pour développer le goût de la presse et leur inculquer de bonnes pratiques. Le temps presse.