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Nicolas Hulot avait, en 2007, franchi la barrière politique avec éclat, brandissant son «pacte écologique». Sa démission, hier, revient à admettre que la citadelle reste imprenable. 
© Michel Euler/AP Photo

Éditorial

L’écologie, cette fatalité française

EDITORIAL. En démissionnant avec fracas du gouvernement français, Nicolas Hulot signe un échec supplémentaire de l’écologie politique dans l’Hexagone. En cause? D’une part, l’autisme économique des Verts français. Et, de l’autre, l’extrême difficulté à changer un système verrouillé par de (trop) puissants lobbies

Nicolas Hulot estime avoir échoué. Ce constat, simple et lapidaire, explique l’émotion de l’ancien animateur de télévision lorsqu’il a annoncé, mardi matin, son départ immédiat du gouvernement français. Hulot, le héros d’Ushuaïa, n’avait jusque-là jamais échoué dans ses paris les plus fous. Il avait survolé les déserts, exploré les océans, tenu des foules de téléspectateurs en haleine sur le thème: ne renoncez pas. La Terre est trop belle. Battez-vous avec moi.

Télévision et politique

Le problème est que la politique n’a rien à voir avec la télévision. Changer l’orientation économique d’un pays, dénucléariser les consciences d’une filière électrique tout entière acquise à l’atome et tenir tête à des lobbies puissants comme celui des chasseurs n’est pas un sport médiatique de haute voltige. Il ne suffit pas d’être convaincant. Les statistiques, aussi catastrophiques soient-elles, ne sont que des éléments d’appréciation parmi d’autres. Les urgences se font concurrence. La politique exige surtout des alliés. Et, à Paris, le soutien inébranlable du chef: ce président de la République incontournable pour toute décision clé.

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Cette équation-là est celle du pouvoir. Brute. Dure. Souvent truquée. Or, en France, les écologistes ne sont jusque-là jamais parvenus à la dompter. Face à la verticalité de la Ve République, face au lobby nucléaire, face à la caste des technocrates d’abord soucieux de leur carrière, les Verts français ont toujours subi de piteuses défaites. Leurs divisions internes, attisées par une aile gauchiste toujours pugnace, les ont discrédités. Les batailles d’ego – comme celle de la primaire présidentielle de 2012 entre Nicolas Hulot et l’ex-juge Eva Joly – ont fait de leur congrès des champs de ruines. Entrés au gouvernement comme des forces d’appoint prometteuses, tous y ont été réduits à l’état d’alibi.

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Mauvaise nouvelle

Nicolas Hulot avait, en 2007, franchi la barrière politique avec éclat, brandissant son «pacte écologique». Sa démission, hier, revient à admettre que la citadelle reste imprenable. Mais sa défaite résulte aussi d’une erreur de casting initiale: dans un gouvernement de techniciens où tout remonte à «Jupiter», jouer des coudes politiques est impossible. Son statut de star populaire, en phase avec le public, s’est étiolé en quelques mois. Avant que les accusations de harcèlement et de viol l’obligent à se barricader derrière ses communicants comme tout politicien empêtré dans une «affaire».

La fatalité de l’écologie française mérite réflexion. Qui pour l’incarner aujourd’hui, entre un parti vert en perdition, le retrait de Nicolas Hulot et un président de plus en plus obligé de composer? En pleine guerre commerciale et climatique, après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et alors que l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim demeure à l’agenda, le fait que cette question soit sans réponse évidente est tout sauf une bonne nouvelle.


En vidéo. Les 5 dates de l'évolution de Nicolas Hulot vers l'Elysée.

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