Nelson Mandela – sauf bons offices imprévus – ne verra pas George Bush lors du séjour de l'Américain en Afrique du Sud. La rencontre avec le glorieux retraité est pourtant un passage obligé de toute visite d'Etat à Pretoria. Mais là, une rupture a été consommée. Le président républicain n'a pas avalé les propos impitoyables que le père de l'African National Congress a eus sur la guerre contre l'Irak. Dans les autres capitales du périple, les chefs d'Etat partagent l'avis de Mandela, mais aucun ne l'a dit ou ne le dira avec son franc-parler.

Ils n'ont d'ailleurs pas besoin de le faire. La situation africaine et de manière très pressante la crise au Liberia sont des leçons suffisantes qui se passent de trop de commentaires. Dans ce pays qui fut presque une colonie – en fait, une colonie de leurs esclaves –, les Etats-Unis sont priés de faire intervenir leur armée, pour un bon motif: porter secours à une population éreintée par treize ans de guerres civiles qu'elle n'a bien sûr pas voulues, rétablir un semblant d'ordre et de stabilité, pour qu'une existence à peu près normale reprenne. Dominique de Villepin s'amuse presque à faire remarquer à Washington que, la France ayant fait son devoir en Côte d'Ivoire et au Congo, la Grande-Bretagne en Sierra Leone, les Américains peuvent bien faire un effort à Monrovia.

Le Pentagone s'exécutera, mais il déteste ça. Ramener l'ordre, faire la police, aider à la reconstruction d'un Etat, cela n'a jamais été dans les plans de Donald Rumsfeld et de Paul Wolfowitz. Leur affaire à eux, c'est de foudroyer un adversaire choisi, avec un bon ou un mauvais motif, mais un intérêt évident. C'est en tout cas ce que les Européens ont cru comprendre en Irak. Aujourd'hui pourtant, à Bagdad, les généraux, de gré ou de force, sont contraints de faire, dans les pires conditions, ce qu'ils exècrent.

Et le malaise à Washington devient si palpable que d'anciens va-t-en-guerre proposent aux Européens un drôle de marché: d'accord, on ira au Liberia; mais venez nous aider en Irak… On voit mal pourquoi des soldats français, allemands ou russes iraient patrouiller avec des GI pour se faire canarder à tous les carrefours. A moins bien sûr que l'armée américaine, désormais honnie, ne s'en aille et ne soit remplacée par une grande force internationale dont l'objectif à court terme serait de rendre le pouvoir aux Irakiens. Etonnant? Quand on s'est mis dans un pareil bourbier, il faut bien trouver le moyen d'en sortir.

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