Il y a différents moyens de diriger une banque. A la fin, les résultats financiers déterminent celui qui aura été le meilleur. Les performances des deux premières banques suisses l'illustrent: l'une prouve qu'il est encore possible de faire de l'argent en période difficile, quand l'autre donne l'impression de s'enfoncer dans les difficultés sans entrevoir de solution de rechange.

La comparaison entre UBS et Credit Suisse Group (CSG) démontre qu'à même métier, à taille comparable et à même origine géographique, les résultats peuvent s'avérer fort différents. Lukas Mühlemann, un ancien consultant de McKinsey, doit sûrement apprécier ce paradoxe. Son grand rival Marcel Ospel, dont les marchés et la presse ne voulaient plus entendre parler voilà deux ans, se voit aujourd'hui touché par la grâce. Alors que lui, qui avait promis l'Amérique et ses opportunités dans la banque d'affaires, se voit traité comme un paria.

Tout n'est pas affaire de conjoncture. Il faut concevoir des entreprises qui peuvent profiter d'une croissance forte sans s'effriter au moindre aléa. CSG a fait les mauvais choix. Il a payé très cher une banque aux Etats-Unis qui devait lui amener de nouvelles compétences. Son concurrent a préféré s'emparer d'un autre établissement américain qui lui apportait de nouveaux clients. CSG a surtout parié à ses dépens sur l'assurance en rachetant en 1997 Winterthur, qui plombe aujourd'hui ses résultats. Personne ne pouvait certes prévoir le marasme de ce secteur dans les derniers mois. Reste que cet achat n'a jamais été véritablement digéré dans un groupe dont la stratégie agressive colle mal aux cycles de l'assurance.

C'est la leçon de l'histoire. La flexibilité des entreprises passe par celle de leur direction. Certains managers se transcendent quand le rythme des affaires impose de prendre des risques, d'autres donnent le meilleur d'eux-mêmes quand il s'agit d'éviter de prendre des coups. Les actionnaires de CSG qui ont renouvelé leur confiance à son patron lors de la dernière assemblée générale n'ont qu'à méditer sur ce point. Les investisseurs, qui ont coupé en deux la valeur du groupe en Bourse depuis un an, tout comme les grands clients, qui ont réduit leurs apports, ont déjà tiré leurs conclusions.

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