Le retour en Suisse garanti de l’infortuné Max Göldi procure un intense soulagement. Il signe aussi la fin d’une pénible épreuve qui aura rappelé à la Suisse qu’il n’est pas sage d’ignorer les rapports de force quand ceux-ci sont favorables à des puissants aussi féroces qu’imprévisibles.

La police genevoise avait de bonnes raisons d’interpeller le couple Kadhafi pris en flagrant délit de violence domestique. Sa faute a été de croire qu’elle pouvait, en toute impunité, agir plus durement contre le fils du colonel que si elle avait sévi, dans des circonstances analogues, contre n’importe quel citoyen helvétique.

Averties au préalable, les autorités fédérales ont pressenti le danger. Mais, au nom de valeurs qui font à juste titre la fierté des Confédérés – l’égalité devant la loi, le respect du fédéralisme –, le gouvernement suisse n’a pas empêché que l’irréparable ne soit commis. Une fois le fils Kadhafi arrêté comme n’importe quel gredin, la vengeance était programmée de la part d’un Etat ignorant notre ordre juridique et convaincu de sa supériorité, notamment forgée par sa position d’acteur clef du grand monopoly énergétique.

Pour avoir placé la satisfaction de sentiments nobles au premier rang de sa politique étrangère, la Suisse a mis en danger des compatriotes. Deux en particulier ont traversé un cauchemar. Des entreprises helvétiques ont été discriminées ou écartées d’un marché non négligeable.

Mise à genoux, à l’image de Micheline Calmy-Rey contrainte de s’incliner sous la tente du vieux chef maître en manipulations, la Suisse ne peut finalement pas prétendre avoir donné une leçon préventive aux méchants qui brutalisent les humbles sans jamais devoir rendre de comptes à personne.

La Suisse saura-t-elle apprendre de ce fiasco? Ignorer le danger et agir en solitaire en se prévalant de sa supériorité morale l’a conduite dans une impasse. Berne a dû se faire respecter en attaquant son adversaire sur son point faible – les visas – et en embarquant une Union européenne qui a appris à composer avec Tripoli pour ménager ses intérêts. Une terrible leçon de réalisme.