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L’économie jurassienne ne connaît pas de crise de la quarantaine

OPINION. Depuis 1979, l’économie jurassienne est passée de la monoculture industrielle à la diversification, de la crise au succès économique, écrit l’historien de l’économie Christophe Koller

L’image du Jura est souvent perçue en Suisse comme celle d’un petit canton périphérique, difficile d’accès, voire assisté. L’économie jurassienne, depuis l’entrée en souveraineté en 1979, montre pourtant un extraordinaire essor, avec la création de 15 400 nouveaux postes de travail (+58%), une économie dynamique, attractive et diversifiée, attirant chaque jour près de 8000 frontaliers (+400% depuis 1979) avec un taux d’actifs par habitant parmi les plus élevés de Suisse juste derrière Bâle-Ville, mais dépassant Genève et le Tessin. Le PIB jurassien par habitant se situe au même niveau que celui de cantons plus grands comme Argovie et Soleure. C’est d’autant plus remarquable qu’on observe une tendance à la délocalisation des sièges des entreprises jurassiennes vers les centres économiques de l’Arc lémanique ou le Triangle d’or, le plus souvent pour des raisons fiscales. Le canton du Jura, tout comme le Jura bernois, est resté parmi les principaux centres suisses de la machine-outil et du décolletage, assurant l’approvisionnement de l’industrie horlogère, mais aussi des industries automobiles ou des industries de technologies de pointe (médecine, robotique, surveillance).

L’économie jurassienne a pourtant subi des crises profondes: réévaluation du franc suisse suite à l’introduction des taux de change flexibles en 1971, pénalisant les industries d’exportation; crise pétrolière de 1973; impact de la concurrence étrangère, en particulier japonaise, dans l’horlogerie (montre à quartz) et dans la machine-outil (CNC). Ces deux domaines ont souffert du corporatisme et de l’incapacité des élites locales à transformer les inventions en innovation. La région perd alors la moitié de ses emplois dans l’horlogerie, provoquant chômage et exode d’une partie de la population active vers les centres.