La colère gronde aux Etats-Unis et cette fois les attaques touchent l’économie du partage. Aibnb, après Uber, se voit contesté dans sa patrie d’origine, à San Francisco même, là où tout a commencé. Un référendum a été organisé dans la ville toute proche de la Silicon Valley. Ses initiants veulent limiter à 75 jours par an la durée maximale des locations touristiques via le célèbre site et à faciliter les plaintes pour trouble de voisinage contre ce dernier qui permet de partager son appartement ou sa maison. L’affaire n’était pas tranchée au moment d’écrire ses lignes mais elle est symbolique.

Au moins trois enjeux s’affrontent dans ce cas. San Francisco doit faire face à des niveaux de loyers énormes et un traffic très dense sur les routes qui mènent vers Palo Alto et autres Mountain View. Il y a du coup un véritable enjeu immobilier autour de Airbnb. La start up à succès qui a logé 17 millions de personnes dans le monde l’été dernier a souvent été critiquée pour faire baisser les rentrées fiscales liées aux taxes sur le tourisme. Elle doit désormais composer avec ceux – en Californie et peut-être bientôt ailleurs – qui lui font reproche de faire exploser les loyer et le coût de la vie.

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Tourisme et immobilier sont certes des thèmes qui fâchent au sujet d’Airbnb, et d’autres acteurs de l’économie du partage, mais l’essentiel est ailleurs. Ce secteur fait avancer l’idée que le travail ne doit plus être nécessairement le fait d’une relation d’employeur à employé bien balisée. Il y a désormais 50 millions de travailleurs indépendants aux Etats-Unis et le système prend de l’ampleur. Il n’y a pas qu’Airbnb qui permet de créer son job ou de trouver des revenus complémentaires. Amazon permet à qui le souhaite de devenir livreur pour quelques heures par jour et Uber, bien sûr, propose la même chose à des chauffeurs de taxis bardés d’un seul permis de conduire comme compétence.

Ces nouveaux entrants ont le talent de créer de la valeur avec une offre originale. Mais leur modèle d’affaires repose aussi sur l’auto-activation d’individus prêts à se muer en mini-entrepreneurs et à en finir avec le statut d’employé. Si le cadre légal restreint de plus en plus cette approche, ces firmes vont devoir se réinventer. Au moment où les Etats-Unis craignent moins de voir leurs usines avec leurs emplois partir en Chine, la première économie du monde se trouve désormais devant un autre enjeu de taille. Comment faire entrer la disruption dans son modèle de développement sans exacerber les tensions sociales?

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