Edito

L’économie suisse en mode «Boucles d’Or»

La croissance est soutenue par le redressement de l’euro et la reprise globale, à un rythme qui ne justifie pas encore de resserrement monétaire

Ni trop chaud, ni trop froid, mais juste équilibré. L’économie suisse traverse depuis quelques mois une période dorée, dans laquelle les ingrédients de la croissance se combinent dans de proportions parfaites. Les économistes appellent cela «l’effet Boucles d’Or», d’après le conte dans lequel une blondinette s’introduit dans la maison d’une famille d’ours, goûte trois bols de céréales et choisit celui qui est à température idéale.

Le même phénomène se produit actuellement dans l’équilibre entre franc suisse et euro: le taux de change a atteint 1,15 franc après avoir connu un pic à plus de 1,60 en 2008 puis chuté à 1,06 en février. Ni trop haut, ni trop bas.

La spectaculaire remontée de la monnaie unique depuis fin avril s’explique par le dynamisme de l’économie européenne, elle-même portée par la reprise globale. Notre premier partenaire commercial retrouve de l’appétit pour les produits suisses, lesquels deviennent moins chers au fur et à mesure que le franc s’affaiblit. La bonne nouvelle? Le cercle vertueux ne s’arrête pas là.

Des efforts qui paient

Autre ingrédient du succès actuel, les entreprises suisses récoltent les fruits des efforts entrepris pour s’adapter au franc fort, après l’abandon du taux plancher en janvier 2015. Devenues plus efficaces, elles commençaient à sortir la tête de l’eau avec un euro à 1,10. A 1,15, il profite encore davantage aux secteurs d’exportation.

Mieux encore, ces derniers ont pris le relais de la consommation domestique comme moteur de la croissance. Ce passage de relais, très sain, justifie les prévisions optimistes du KOF, dévoilées ce lundi, trois jours après des données très positives sur le chômage.

Certains diront cependant que l’euro n’est pas encore assez haut. Que 1,20 franc serait un minimum, et que la Banque nationale devrait réintroduire un taux plancher. Il est exact que les clients européens auraient alors un plus grand pouvoir d’achat. Mais il ne faut pas oublier que l’effet Boucles d’Or n’est pas éternel, que la bonne étoile économique ne peut pas durer infiniment.

La fin de la période dorée

Un euro (trop) fort pénaliserait à son tour la croissance européenne, et donc la demande du Vieux Continent en biens et services suisses. Le bel édifice patiemment élaboré depuis le début de l’année serait sérieusement fragilisé.

Comment cette période dorée va-t-elle se terminer? La croissance globale est actuellement soutenue. Mais elle n’est pas suffisamment forte ou assurée pour que les banques centrales mettent fin à leurs politiques monétaires ultra-accommodantes. Quand elles le feront, personne ne peut dire comment les économies et les bourses réagiront, après dix ans de taux zéro et d’injections massives de liquidités.

L’histoire n’est pas d’un grand secours. Ce que l’on sait est que, selon les versions du conte, soit Boucles d’Or se fait indiquer le chemin du retour chez elle, soit les ours l’effraient pour la faire fuir, soit ils la dévorent. Tout simplement.

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