Chronique

L’économie a tiré la leçon du 9 février 2014

Incontestablement, les milieux économiques ont médité les leçons du 9 février 2014. Et compris la nécessité de mieux s’engager, sur le terrain, plus concrètement que par des campagnes allusives et absconses célébrant l’arboriculture indigène, estime notre chroniqueur D.S. Miéville

C’est une véritable croisade qui s’organise contre l’UDC, qui sera, plus qu’elle ne l’a jamais été, seule contre tous. Cela rappelle la votation sur l’EEE. Mais, lors du vote historique de 1992, les Verts avaient contribué de façon décisive à la victoire de Christoph Blocher et à sa mise sur orbite. L’intéressé s’est du reste flatté, lors de son dernier discours de l’Albisgüetli, de n’avoir jamais rencontré une pareille opposition.

La campagne contre l’initiative de l’UDC pour l’expulsion des étrangers criminels se distingue donc par l’engagement d’une ampleur inhabituelle de ses adversaires. La mobilisation de ce qu’il est convenu d’appeler la société civile est particulièrement importante, essentiellement en Suisse alémanique pour l’instant. On peut y voir une continuité avec le mouvement qui avait conduit, au lendemain du 9 février, au lancement, couronné de succès, de l’initiative RASA proposant de revenir sur l’acceptation de l’initiative «contre l’immigration de masse».

Inédite mobilisation

On observe surtout, dans ce contexte, une mobilisation inédite, ou tout au moins un affichage inédit des milieux économiques dans le camp des adversaires de l’initiative. Si ce mouvement avait atteint le même niveau avant la votation du 9 février 2014, l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» aurait très vraisemblablement connu un échec.

L’engagement pour des valeurs, pour une image de la Suisse, contre une initiative qui ne menace pas, directement et à court terme, les intérêts de l’économie était jusqu’ici une attitude totalement absente de l’ADN des organisations économiques. Admettons que l’application mise par le PS à proposer des initiatives corrosives pour le tissu économique et la prospérité de la place financière leur a fourni avec constance au cours des dernières décennies suffisamment de grain à moudre.

Les ratages de 2014

Sans s’engager financièrement, l’organisation faîtière economiesuisse s’affiche aujourd’hui aux côtés des opposants, plusieurs organisations de branches «se remuent» et plusieurs chefs d’entreprise prennent ouvertement position contre la droite populiste. Reste à apprécier la signification de cette mobilisation inédite.

Incontestablement, les milieux économiques ont tiré une leçon du 9 février 2014. De leur propre aveu, ils ont raté la campagne et mis un peu de temps à assimiler l’impact de l’initiative «contre l’immigration de masse». Ils ont sans doute compris la nécessité de mieux s’engager, sur le terrain, plus concrètement que par des campagnes allusives et absconses célébrant l’arboriculture indigène. Mais ce qui les soucie aujourd’hui est avant tout l’impact de l’initiative pour l’expulsion des étrangers criminels sur les relations avec l’UE et l’avenir des accords bilatéraux.

Un méchant coup à l’image du pays

Jusqu’où va la prise de conscience de l’importance, pour l’économie, de l’image que la Suisse donne d’elle-même? La question demeure ouverte. Si l’investissement que l’on remarque aujourd’hui est plus qu’un sursaut ponctuel, il devrait au moins se prolonger à propos de la prochaine initiative de l’UDC, pour imposer la primauté du droit national sur le droit international, et son référendum contre la nouvelle loi sur l’asile. L’acceptation de l’initiative porterait un méchant coup à l’image d’un pays qui s’investit dans la sécurisation par le droit des relations internationales. Le rejet de la loi sur l’asile désarmerait le Conseil fédéral dans une conjoncture qui s’annonce agitée sur ce front-là dans les mois à venir.

L’évolution que l’on constate aujourd’hui coïncide avec l’arrivée à la direction d’economiesuisse d’une personnalité issue de l’administration fédérale, donc consciente de l’importance d’une approche politique. Il en faudra certainement plus pour que les organisations économiques se pénètrent de la nécessité d’une présence, d’une anticipation et d’une constance dans le débat politique.

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