Opinion

L'économie verte: une question de survie

En continuant à consommer sans limite les ressources naturelles, voulons-nous vraiment déclarer la guerre à la nature? Nous ne pourrons alors que tout perdre, estime l'ancien conseiller national René Longet

Les cris d’alarme se succèdent. Destruction de forêts tropicales, pertes massives de biodiversité, exploitation abusive des ressources renouvelables, pollution et surpêche des océans, érosion et destruction de sols, dépendance d’énergies et de ressources non renouvelables, manques d’eau, emballement du climat... Tout cela étant parfaitement étayé et documenté.

En 2002, le Sommet mondial du Développement durable de Johannesburg concluait que «des changements fondamentaux dans la façon dont les sociétés produisent et consomment sont indispensables». L’an dernier, c’était au tour de la COP 21 de souligner que chaque année que nous laissons passer sans prendre de mesures efficaces rendra l’action plus coûteuse, plus complexe, plus douloureuse.

Lire aussi: Fact checking, l'initiative "économie verte" en 10 questions

Les bonnes pratiques sont là...

La bonne nouvelle : pratiquement tous les secteurs d’activité ont mis au point des techniques et des procédés respectueux des ressources naturelles et des êtres humains. De nombreux labels et standards sont développés. La mauvaise : globalement, nous continuons à surexploiter la Terre. Chaque année, le jour à partir duquel l’humanité vit à crédit survient plus tôt ; cette année c’était le 8 août - et pour la Suisse, le 18 avril. C’est que «la consommation suisse par personne est 3,3 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne (...). Nous vivons donc au dépens des générations futures et d'autres régions du globe», constate l’Office fédéral de la Statistique

... mais on ne les généralise pas

Personne n’ose contester ce diagnostic. Pourtant on s’obstine à refuser les solutions. Lorsque l’initiative pour une économie verte a été déposée, le Conseil fédéral a proposé un contre-projet. Le 2 décembre 2015 - jour où l’UE présentait son programme de soutien à l’économie circulaire, le Parlement l’enterrait définitivement... Or, l’initiative souligne une évidence : que la Suisse ne consomme pas plus de ressources planétaires que sa juste part. Demain, après-demain ? Non, d’ici ... 35 ans. Pour certains, ce serait trop court. On n’y arriverait pas...

35 ans, largement le temps de se mettre en règle

Les trois facteurs le plus importants pour notre bilan environnemental sont l’habitat, la mobilité et l’agro-alimentaire. Certes pour l’habitat, les coûts d’une rénovation énergétique exigeante sont importants. Mais 35 ans, c’est justement un cycle de vie dans le bâtiment, c’est à ces intervalles qu’il faut intervenir plus lourdement sur le bâti. Il existe d’ores et déjà des maisons positives, qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Au fil des rénovations, il s’agira d’optimiser le parc immobilier du pays, actuellement chauffé à 50% au mazout.

Quant à la mobilité, d’ici 35 ans notre parc de véhicules aura eu largement le temps de se renouveler complètement. Généraliser les véhicules mus à l’électricité rendue disponible par le développement des sources renouvelables et des économies d’énergie, l’autopartage, la mobilité douce... est parfaitement faisable. Et pour l’alimentaire, en orientant nos choix, nous pourrions améliorer tant notre propre bilan énergétique que celui du pays. 35 ans... Où en était l’informatique voici 35 ans ? Combien de temps a-t-il fallu aux Etats-Unis pour mettre sur pied le premier vol humain sur la Lune ? Nous sommes en état d’urgence et 35 ans c’est même beaucoup pour cesser d’accumuler une dette écologique non négociable.

Le consommateur ne peut pas seul porter le fardeau

Selon certains, la transition n’a pas besoin de lois et se ferait toute seule. La réalité nous montre que cela n’est pas vrai. Et c’est reporter toute la responsabilité sur le consommateur, alors que les prix sont largement faussés par la non-prise en compte de nombreux coûts environnementaux et sociaux. Il appartient à la collectivité de placer les curseurs au bon endroit et de fixer des objectifs d’innovation et de progrès à l’ensemble de la société. Ou voulons-nous vraiment déclarer la guerre à la nature ? Nous ne pourrons alors que tout perdre.


René Longet, expert en développement durable


A ce sujet, une opinion inverse de Catherine Labouchère, Initiative «Economie verte»: la Suisse n’est pas la Corée du Nord

Publicité