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Les leçons du Brexit

Rendre certains domaines à la souveraineté des Etats, dont la libre circulation des personnes, serait une révision déchirante, mais une Europe plus modeste dans ses attributions a peut-être plus de chance de survie que l’actuelle, estime notre chroniqueur Charles Wyplosz

Le Brexit n’est pas une surprise. Il est le résultat d’une longue histoire entre la Grande-Bretagne et le continent mais aussi au sein de l’Union Européenne. Toute la question, maintenant, est de savoir si les leçons seront tirées, même si elles exigent la remise en question de nombreuses certitudes.

Contrairement aux pays fondateurs, qui aspirent à «une union toujours plus étroite» selon le texte fondateur de du traité Rome, la Grande-Bretagne a toujours très explicitement voulu s’en tenir au libre échange.

Un grand nombre de pays qui ont rejoint l’Union après elle partagent cette vision. Mais la machine européenne a poursuivi son chemin, accordant au besoin des exemptions à la Grande-Bretagne. Même ainsi traitée, elle a toujours eu le sentiment, pas vraiment injustifié, d’être poussée là où elle ne voulait pas aller. Le vote sur le Brexit en est le résultat.

Une stratégie qui risque de renforcer le camp des europhobes

Des négociations devront s’ouvrir à présent entre la Grande-Bretagne et l’Union. L’objectif sera d’aboutir à des accords qui ressembleront fort à ceux qui concernent la Suisse, autre pays dont la culture démocratique n’est pas soluble dans une union très poussée.

Ce que craignent beaucoup d’Européens, c’est qu’un accord trop confortable pour la Grande-Bretagne ne suscite d’autres envies de sortir de l’Union. Ils envisagent une stratégie dont l’objectif est de convaincre d’autres pays tentés par le Brexit que l’on est mieux loti à l’intérieur de l’Union qu’à l’extérieur. Encore mieux, les Britanniques eux-mêmes pourraient alors avoir envie d’organiser un nouveau référendum pour choisir entre les deux options et décider de rester. C’est une stratégie plausible.

Elle pourrait s’accompagner d’une initiative qui conduirait à de nouveaux transferts de souveraineté. Parmi les sujets évoqués figurent la défense des frontières communes ou un ministre des finances de la zone euro. Cette «relance de l’Europe» serait destinée à démontrer que le processus d’intégration reste bien vivant. Le résultat le plus probable serait de renforcer le camp des europhobes.

La libre circulation des personnes pose problème

Une toute autre stratégie consiste à se demander pourquoi l’Union Européenne a tant perdu de son attrait, au point de devenir un repoussoir qu’exploitent, dans chaque pays, des politiciens opportunistes ou de vieux ennemis de l’intégration.

Cette stratégie implique de se demander si les transferts de souveraineté construits depuis 1957 sont les bons. La réponse est évidemment négative. Certains transferts manquent, y compris en ce qui concerne la gestion des crises et, plus généralement, la gouvernance. D’autres ne sont peut-être pas aussi nécessaires qu’on a pu le croire.

L’exemple emblématique et crucial est celui de la mobilité des personnes. Sur le plan logique, c’est une bonne idée, le complément naturel de la mobilité des biens, des entreprises et du capital, et une étape incontournable vers une Europe des peuples. En pratique, à l’ère des grandes migrations et du nationalisme renaissant, deux évolutions inimaginables il y a vingt ans, on voit bien que cela pose un gros problème.

Un déchirement

Il arrive que les idéaux se heurtent aux réalités désagréables. La question est désormais sur la table. Revenir sur cette liberté serait un déchirement, souvent perçu comme un retour en arrière, voire un reniement. Pourtant, les barbelés ont déjà poussé un peu partout et les accords de Schengen sont «suspendus».

Au-delà de cet exemple, il existe beaucoup de sujets qui fâchent, sinon les gouvernements, du moins les électeurs. Bien souvent d’ailleurs, les gouvernements utilisent cyniquement l’Europe comme un moyen de se faire forcer la main pour adopter des mesures qu’ils savent impopulaires.

Renationaliser ces sujets serait pour beaucoup une révision déchirante, mais une Europe plus modeste dans ses attributions et dans ses ambitions a peut-être plus de chance de survie que la version actuelle. Qui sait, la Grande-Bretagne n’aurait plus besoin de sortir, et peut-être même que la Suisse la trouverait compatible?

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