Editorial

Les leçons du franc fort

EDITORIAL. Les huit années d’appréciation du franc que la Suisse vient de traverser méritent d’entrer dans l’histoire. Encore faudrait-il qu’on en retienne quelques enseignements

Qu’est-ce qui fait entrer un événement dans l’histoire? Ses effets sur la vie des citoyens, sa disposition à rester gravé dans les mémoires? Sa rareté, sa singularité? La quantité d’ouvrages qui le documentent?

Si la réponse est «un peu de tout cela à la fois», alors les huit années de franc fort que la Suisse vient de traverser méritent dès aujourd’hui d’être considérées comme un fait historique. Deux épisodes marqueront cette époque: le 6 septembre 2011 et le 15 janvier 2015, lorsque le taux plancher de 1,20 franc est introduit, puis trois ans et demi plus tard, abandonné. Toujours sans prévenir.

A propos du deuxième choc, le patron de Swatch Group, Nick Hayek, alors parlé de «tsunami». Un événement dont on se souvient, donc. La plupart des Suisses savent encore, comme pour le 11 septembre 2001, à quoi ils étaient occupés ce matin-là.

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Pourtant, très peu d’ouvrages ont été publiés à ce sujet. Depuis 2010, les librairies Payot, que nous avons interrogées, n’ont recensé qu’un seul livre estampillé «franc fort» dans leurs rayons. Cette carence a été un peu comblée mardi, puisque le Seco a présenté six études qu’il a commandées auprès d’instituts économiques suisses reconnus. Berne a justifié sa démarche par un besoin d’accumuler des connaissances et d’encourager d’autres recherches sur la base de ces études.

Ne pas oublier la BNS

L’idée est louable. Comme tout événement historique, il sera bon de s’en souvenir et de pouvoir l’expliquer aux suivants. Et, qui sait, d’en tirer quelques leçons. On tâchera par exemple de ne pas oublier que la hausse du franc peut être aussi une aubaine pour acheter des biens à l’étranger, en euros, en dollars ou en livres sterling. Il faudra aussi se souvenir que la Suisse a été capable, alors que sa monnaie réduisait brutalement sa compétitivité, de rester parmi les économies les plus dynamiques du continent, voire du monde. Qu’elle est parvenue à éviter la récession, tout en respectant sa sacro-sainte politique de libéralisme économique – sans intervention massive de l’Etat.

En parlant d’intervention massive: on n’oubliera pas non plus que la Banque nationale suisse (BNS) a pris le relais. Qu’elle a sauvé les meubles, en limitant la hausse du franc. Il faudra encore vérifier si elle parvient à sortir de sa politique d’achats massifs de devises et de ses taux négatifs sans provoquer plus de dégâts qu’elle n’en a évités.

C’est peut-être l’unique caractéristique qui manque au franc fort pour véritablement entrer dans l’histoire: une fin, une vraie.

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