Il lui servait d’étendard, symbolisait sa puissance. Il ne veut plus rien dire d’autre que scandale ou escroquerie.

Désormais, le Libor, auquel Londres donne sa première lettre, est associé aux abus de Barclays, le premier établissement condamné, et consorts. La réputation de la City est à reconstruire.

Pour arranger leurs affaires, ces grandes banques ont manipulé ce taux d’intérêt qui sert de compas à la finance mondiale. Le Libor règle le niveau d’intérêt de quantité d’hypothèques ou de leasings automobiles. Sur toute la planète.

La fin du match truqué a été sifflée en Suisse. En 2011, UBS a dénoncé le cartel. Ces dernières semaines, les premières têtes ont commencé de tomber.

Le Financial Times, si souvent jugé «pro-City» en Suisse, a largement contribué à faire rouler celles chez Barclays. Et à éclairer la culture des banques présentes à Londres sous son plus mauvais jour.

Les autorités de surveillance britannique et américaine ont rapidement agi. Bruxelles dit être sur le point de rendre son verdict, alors que le débat porte déjà sur l’après: comment remplacer le système actuel et redonner confiance dans la finance.

Et en Suisse? Les leçons à tirer de cette affaire sont, pour l’heure, au mieux irritantes, au pire désespérantes.

En l’état, la Finma, le gendarme suisse des marchés financiers, préfère réfléchir à l’opportunité d’ouvrir une enquête. Outre UBS, Credit Suisse fait pourtant aussi partie des banques dans le viseur de Londres ou New York. La Banque nationale n’utilise-t-elle pas également le Libor pour sa politique monétaire? On sent la Finma désarmée par l’ampleur de la tâche.

De son côté, la Commission de la concurrence planche sur, de son propre aveu, l’affaire la plus complexe qu’elle ait jamais eu à traiter. Ses conclusions ne viendront pas avant… 2014. Son travail n’est guère facilité par un cadre juridique qui lui interdit de travailler sur des données autres que publiques avec ses homologues. La Comco doit ronger son frein en lisant la presse anglo-saxonne.

Les deux grandes banques n’ont donc rien à craindre en Suisse. Non seulement apparaissent-elles trop grandes pour faire faillites, mais désormais trop grandes aussi pour être surveillées. Une forme d’impunité inquiétante et difficile à accepter.