Augmenter les salaires de 5%? Ce serait merveilleux! Il y a quelques mois encore, une telle perspective ne paraissait pas a priori inimaginable. Elle semble aujourd'hui bien lointaine, car la croissance a fortement ralenti, les signes qui viennent des Etats-Unis, encore difficiles à interpréter, ne sont en aucun cas rassurants. On voit mal, dans ces conditions, quelle branche acceptera d'accorder des adaptations de ce niveau. Même les secteurs les plus en verve, comme la construction, ne s'y hasarderont pas. Le changement de discours de l'Union patronale est à cet égard significatif. Avant l'été, son directeur Peter Hasler évoquait encore l'idée de substantielles hausses de salaires. Aujourd'hui, il considère toujours que les revenus augmenteront, mais, en raison du climat conjoncturel, il est devenu plus prudent.

Ce changement de contexte place les syndicats devant une tâche très rude, sinon impossible. Ils ont de bons arguments à faire valoir. Les salariés ont dû attendre cette année pour réellement ressentir les effets de la reprise économique. Et la controverse provoquée par les revenus des directeurs des entreprises publiques a éveillé un fort sentiment d'injustice auprès de nombreux citoyens. Mais les syndicats savent très bien que le ralentissement conjoncturel pèsera de tout son poids sur les pourparlers de l'automne. En réclamant une hausse quasi générale de 5%, ils risquent de susciter de faux espoirs. Placer la barre assez haut appartient certes à la jouerie habituelle qui précède les négociations sectorielles. Toutefois, cette année, le fossé entre les revendications affichées par les syndicats et le résultat final menace de se révéler particulièrement béant. Cela pourrait avoir pour conséquences un durcissement du climat social, mais aussi un affaiblissement de la crédibilité syndicale.

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