Personne ne conteste que Swisscom, La Poste et les CFF aillent se frotter aux lois du marché. On l'a voulu ainsi, il est donc logique que, lorsque cela s'avère nécessaire, les salaires de leurs dirigeants soient alignés sur ceux des managers de haut niveau. Reste à savoir à partir de quel moment une adaptation devient réellement nécessaire. Or, ce qui est valable pour Swisscom, soumis à une féroce concurrence depuis deux ans, ne l'est pas forcément pour les CFF.

On voit mal où se trouve aujourd'hui la menace de débauchage dont parle Thierry Lalive d'Epinay. On a certes réformé les chemins de fer, mais, à vrai dire, la seule ébauche de concurrence perceptible est celle de la compagnie BLS. Ce n'est certainement pas d'elle que vient le danger. Il est vrai que la pression va s'accentuer, mais la marge de manœuvre semble suffisante pour que l'on puisse attendre des CFF qu'ils agissent avec davantage de pertinence. Les expériences en demi-teinte menées avec les deux directeurs scandinaves du secteur fret, engagés à prix d'or mais repartis peu après, montrent qu'il n'y a pas d'urgence. Le personnel des CFF, à qui l'on a demandé de se serrer la ceinture pendant des années, ne peut qu'être choqué par une telle progression du revenu de ses directeurs. Celle-ci pourrait par conséquent être gérée avec plus de douceur et, surtout, mieux communiquée.

Il y a d'autres secteurs où une adaptation salariale paraît plus urgente. Notamment parce qu'on lui propose de meilleurs traitements dans le privé, le personnel de l'Autorité de contrôle en matière de blanchiment et de la Commission de la concurrence connaît un très fort taux de rotation. Voilà une vraie urgence: ces secteurs, qui contrôlent les domaines à risques de l'économie, doivent être plus attractifs s'ils veulent conserver leurs employés et rester efficaces. En comparaison, les CFF semblent se trouver dans une situation nettement moins exposée.

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